La grande apostasie - Partie I - par Michael O'Brien


Publié le dimanche 3 juin 2018

Catégorie : Eschatologie, fin des temps

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L'infidélité du futur : la grande apostasie

Michael D. O'Brien

« Le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18: 8)

Comme à chaque génération, une « aube nouvelle » s'apprête à se lever, ne se matérialisant jamais comme nous l'avions imaginé. Pour cette raison, notre éternelle tentation est de reléguer la téléologie de l'histoire, et l'eschatologie de la révélation dans le champ des constructions mentales produites par des peurs irrationnelles ou limitées par des analyses enflammées de situations contemporaines, un cycle se répétant soi-disant sans fin, dans lequel jamais ne se réalisent les scénarios catastrophiques promis. Pourtant, à en croire les paroles du Christ dans les évangiles et le livre de l'Apocalypse, les lettres de St Pierre, St Paul et St Jean, les prophètes de l'Ancien Testament, ainsi que les révélations privées approuvées par l'Église ayant augmenté en nombre et en intensité au cours des 150 dernières années, proche est le temps où tous les scénarios spéculatifs s'évaporeront face à un péril réel et ultime pour l'humanité. Alors le futur deviendra le présent. Il sera précédé d'une apostasie d'une intensité sans précédent. En effet, jour après jour, cette apostasie s'étend tout autour de nous. Elle trouvera son apogée dans le jour du Seigneur, qui sera un jour de feu.

Source : StudiObrien, titre original : « The Great Apostasy - Part I »

— Traduction inédite Pierre et les Loups

Dans un certain nombre de ses sermons, le Bienheureux Cardinal John Henry Newman a écrit prophétiquement sur ce nouveau jour qui, déjà à son époque, montrait des signes inquiétants de son approche :

Je sais que chaque époque est périlleuse et que, de tous temps, les esprits sérieux et anxieux, sensibles à l'honneur de Dieu et aux besoins des hommes, sont portés à ne considérer aucune époque aussi périlleuse que la leur. De tout temps, l'ennemi des âmes attaque avec furie l'Église, qui est leur véritable Mère, ou se contente de montrer les crocs lorsqu'il échoue dans ses desseins maléfiques. Et chaque époque a ses épreuves particulières que d'autres n'ont pas. J'admets donc que des chrétiens eurent à faire face à certains dangers spécifiques à d'autres époques, qui n'existent pas à la nôtre. Sans doute, mais en admettant encore cela, je crois cependant que les épreuves qui se présentent devant nous sont telles qu'elles scandaliseraient et donneraient le vertige même à des coeurs aussi courageux que ceux de Saint Athanase, Saint Grégoire I ou Saint Grégoire VII. Et ils confesseraient qu'aussi ténébreuse que fut pour eux leur propre époque, la nôtre fait face à des ténèbres différentes en nature de celles qui les ont précédées. Le péril particulier des temps qui sont devant nous est la propagation du fléau de l'infidélité que les Apôtres et le Seigneur Lui-même ont prédit comme la pire calamité des derniers temps de l'Eglise. Et ne fut-ce qu'une ombre, une image caractéristique des derniers temps arrive actuellement sur le monde.

- Cardinal John Henry Newman (1801-1890)
Sermon lors de l'ouverture du Séminaire catholique de Saint Bernard (Birmingham)
2 octobre 1873, The Infidelity of the Future

L'approche de Newman était conditionnée en partie par le contexte de l'époque à laquelle il vivait et aussi par sa compréhension de la tentation constante des chrétiens, c'est-à-dire celle de la compromission avec le spiritus mundi. Il était clair pour lui que l'esprit du monde à son époque progressait davantage encore contre ce qui restait de l'ancienne chrétienté. Et dans d'autres sermons, il allait même plus loin, avertissant que l'esprit diabolique avançait vers une confrontation finale. [1] Newman faisait remarquer que les temps de tiédeur et de laxisme parmi les fidèles avaient toujours été des signes annonciateurs de persécutions, et que la persécution ultime serait précédée de la plus grande apostasie de l'histoire de l'Église. [2] Il y a eu, bien sûr, d'autres périodes d'apostasie et d'hérésie, telles que la crise arienne, et si graves qu'elles furent, elles surgirent à une époque de confusion religieuse extrêmement diverse alors que l'homme civilisé tentait encore de se dépêtrer des marécages du paganisme.

Telle est la différence entre les événements du passé et ceux qui se déroulent aujourd'hui à travers l'ensemble du monde occidental. Une civilisation qui a connu le christianisme (et qui ignore à présent toute la noirceur que le paganisme peut avoir) choisit de redescendre dans ces marécages, l'appelant progrès tandis qu'elle dévale la pente qui y mène, proclamant à chaque tournant son concept de liberté tragiquement biaisée et tentant de l'imposer agressivement au monde entier.

Que la révolution ait si rapidement renversé les principes fondamentaux de la civilisation est l'une de ses caractéristiques les plus inquiétantes — principes reconnus par toute société saine d'esprit. Inutile de dire que des facteurs historiques et sociologiques y sont impliqués, tels que l'effondrement de la confiance en un Dieu bienveillant suite à deux guerres mondiales impitoyablement destructrices, la menace imminente d'une guerre nucléaire, les génocides, la révolution sexuelle et à la croissance phénoménale des nouveaux médias si puissants qu'ils bouleversent les intelligences, et par conséquent les consciences (la capacité à discerner le bien du mal, dans le sens moral, ndt), faisant de la volonté humaine un instrument au service de ses desseins — redéfinissant non seulement le sens de l'homme, mais celui de la Réalité elle-même.

La tiédeur des chrétiens

Mais pourquoi tant de chrétiens se sont-ils montrés si sensibles, si enthousiastes même, face à ces récits pathologiques ? Pourquoi, en somme, nous mentons-nous à nous-mêmes ? Nous nous abusons nous-mêmes parce que nous en retirons d'abondantes satisfactions, alors que dans le même temps les tensions intérieures inhérentes à la lutte morale de notre condition humaine sont anestésiées, occultées, comme s'il ne s'agissait que de rejeter une légende démodée. Quotidiennement, nous nous laissons séduire par toutes sortes de mensonges, nous laissons emprisonner par quantité d'impostures dès lors qu'elles savent nous flatter et nous promettre divers plaisirs émotionnels et physiques, impostures qui sont continuellement renforcées par le biais d'une nouvelle culture mondiale largement inventée par les médias du divertissement et de la communication, par la corruption de l'éducation, par un monde politique moralement compromis, et de loin le plus répréhensible, par une théologie ambiguë et des spiritualités fallacieuses.

Dans sa deuxième lettre à Timothée, Saint Paul exhorte les bergers du troupeau du Seigneur à proclamer la parole de Dieu avec détermination, à temps et à contretemps, à « dénoncer le mal, faire des reproches, encourager, » toujours avec patience et souci d'instruire. « Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l'enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d'entendre du nouveau. Ils refuseront d'entendre la vérité pour se tourner vers des fables.  » (2 Tm 4: 3-4)

Si les études actuelles sur la foi et la pratique religieuse dans le monde occidental sont exactes, il semblerait que plus de 80% des catholiques ne croient plus à la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie ni au besoin de se confesser, ni aux autres doctrines fondamentales de la foi. Cette majorité rejette de façon persistante les enseignements de l'Église sur la moralité sexuelle. Pourtant, beaucoup d'entre eux continuent d'assister à la messe ou de se définir comme catholiques, dans le sens d'une appartenance à un identité culturelle et religieuse, utile en tant que système éthique dans lequel ils peuvent apprendre à leurs enfants à devenir des citoyens respectueux de la loi — de « bonnes personnes » — mais n'exigeant d'eux aucune responsabilité devant Dieu et devant les hommes.

En 2 Thessaloniciens 2: 1-4, Saint Paul nous met en garde de ne pas nous laisser trop facilement ébranler par une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, car ce jour ne viendra qu'après la grande apostasie (ou rébellion) qui est le prélude à la révélation de "l'homme du péché, le fils de perdition," qui s'oppose et s'élève contre Dieu, allant jusqu'à siéger dans le temple de Dieu en se faisant passer lui-même pour Dieu. C'est l'Antéchrist qui, par le mensonge et la séduction, arrivera au pouvoir avec une grande puissance, des signes et des prodiges trompeurs, qui prendront racine dans l'esprit des hommes parce qu'ils se seront opposés à la vérité et à l'autorité de Dieu et se seront exaltés comme des dieux sur leurs propres vies.

Dans sa deuxième lettre à Timothée, il prévient :

« Sache-le bien : dans les derniers jours surviendront des moments difficiles. En effet, les gens seront égoïstes, cupides, fanfarons, orgueilleux, blasphémateurs, révoltés contre leurs parents, ingrats, sacrilèges, sans coeur, implacables, médisants, incapables de se maîtriser, intraitables, ennemis du bien, traîtres, emportés, aveuglés par l'orgueil, amis du plaisir plutôt que de Dieu ; ils auront des apparences de piété, mais rejetteront ce qui en fait la force. »

2 Tim 3: 1-5

Il est clair que Saint Paul ne fait pas tant ici référence aux ennemis extérieurs de l'Église qu'à ceux qui résident dans ses rangs. La deuxième lettre de Saint Pierre donne plus de vigueur encore à cet avertissement, soulignant que l'infidélité qui viendra bientôt sera non seulement extérieure mais surtout intérieure :

« Mais il y eut aussi des prophètes de mensonge dans le peuple, comme il y aura parmi vous des maîtres de mensonge, qui introduiront des hérésies menant à la perdition et renieront le Maître souverain qui les a rachetés. Ils préparent pour bientôt leur perdition. Beaucoup les suivront dans leurs débauches ; à cause d'eux, suivre le chemin de la vérité fera l'objet d'outrages. »

2 Pierre 2: 1-2

« ... souvenez-vous des paroles dites à l'avance par les saints prophètes, et du commandement de vos apôtres, qui est celui du Seigneur et Sauveur. Sachez d'abord que, dans les derniers jours, des moqueurs viendront avec leurs moqueries, allant au gré de leurs convoitises, et disant : « Où en est la promesse de son avènement ? En effet, depuis que les pères se sont endormis dans la mort, tout reste pareil depuis le début de la création. » En prétendant cela, ils oublient que, jadis, il y avait des cieux, ainsi qu'une terre sortie de l'eau et constituée au milieu de l'eau grâce à la parole de Dieu. Par ces mêmes éléments, le monde d'alors périt dans les eaux du déluge. Mais les cieux et la terre de maintenant, la même parole les réserve et les garde pour le feu, en vue du jour où les hommes impies seront jugés et périront. »

« Bien-aimés, il est une chose qui ne doit pas vous échapper : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu'il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu'on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. »

2 Pierre 2: 1-2

Parce que l'homme est un être religieux par nature, le vide qui s'ouvre en lui en l'absence de la seule foi capable de l'élever est bientôt rempli par une sorte de système de croyances. Comme l'a déjà fait remarquer G.K. Chesterton, quand les hommes cessent de croire en Dieu, ils ne se mettent pas pour autant à ne plus croire en rien ; ils deviennent plutôt capables de croire n'importe quoi. [3] Cependant, l'apostat doit vivre avec lui-même, et il exige donc de pouvoir déterminer lui-même la signification du bien et du mal, et que personne n'ai le malheur de venir troubler sa conscience par rapport à la vie qu'il mène. Pour parvenir à vivre avec ce qui lui reste de conscience, l'apostat s'imagine être un réformateur-libérateur : il est éclairé, il est compatissant, il est cool — jusqu'à ce qu'il soit contrarié, et alors il devient impitoyable. Le « libéral » autoproclamé se retrouve bientôt à se comporter comme un fasciste, sans savoir pourquoi — sans même se demander pourquoi. Ceci est également vrai de beaucoup d'hérétiques libéraux qui restent dans les rangs de l'Église pour entreprendre de la déconstruire de l'intérieur et tenter de la reconstruire selon leurs propres vues — offrant au monde un Christ insipide plutôt qu'un Messie miséricordieux ; un christianisme qui n'exige plus rien de l'homme plutôt qu'un christianisme qui cherche à élever l'homme pour qu'il puisse découvrir sa véritable identité ; un Évangile amputé, dépourvu de membres et d'organes vitaux. Ce sont des rebelles se faisant passer pour des réformateurs de la morale.

Dans son livre visionnaire de 1942, The Judgment of the Nations, l'historien Christopher Dawson a averti que dans un proche avenir le joug du néo-totalitarisme et de la morale corrompue serait présenté comme une croisade morale qui, par nécessité, exigerait la soumission de l'Église à la volonté de l'État :

Cela est dû à l'incursion du spirituel par le temporel, à l'affirmation de soi triomphante de la civilisation et de l'état laïques contre les valeurs spirituelles et contre l'Eglise. La véritable signification de ce que nous appelons le totalitarisme et l'état totalitaire est le contrôle total de toutes les activités humaines et de toutes les énergies humaines, aussi bien spirituelles que physiques, par l'État, qui sont ensuite orientées suivant les fins que leur dictent ses intérêts, ou plutôt les intérêts du parti ou de la coterie au pouvoir ... Dans un tel système, il ne peut y avoir de place pour la religion que si celle-ci renonce à sa liberté spirituelle et se laisse utiliser par la nouvelle puissance comme un moyen de conditionnement et de contrôle sur la vie psychique des masses. Mais c'est une solution impossible pour les chrétiens, car ce serait pécher contre l'Esprit-Saint au sens le plus absolu. Par conséquent, l'Église doit de nouveau assumer sa mission prophétique et porter témoignage à la Parole même si cela implique le jugement des nations et une guerre ouverte avec les puissances du monde.

— Christopher Dawson, The Judgment of the Nations, Sheed & Ward, New York, 1942.

Nous vivons à présent l'avenir que Dawson avait anticipé il y a 75 ans. Il convient de noter que cette révolution sociale a été légalement imposée dans l'Occident jadis chrétien par des gouvernements dirigés par des chrétiens hérétiques ou apostats, et est assortie de sanctions pour toute résistance à la nouvelle « orthodoxie ». Il est donc paradoxal que le meurtre de catégories de plus en plus larges au sein de la communauté humaine (les enfants, les personnes âgées, les faibles, les infirmes, les dépressifs, etc.), meurtre financé et légalisé par l'état, soit promu au nom de cette même humanité, et que l'érosion de la liberté se fasse au nom de la liberté. En outre, partout où cet esprit — cet ethos — ne peut franchir les frontières gardées des nations islamiques et marxistes (qui portent leurs propres masques de la Bête), il le fait par le biais de la culture, par voie électronique. Il s'agit donc d'une révolution globale qui a pour dessein l'exaltation de l'homme et le déni des droits absolus de Dieu. Les conséquences de cette super religion mondiale étant cachées aux yeux des hommes, ceux-ci en sont venus à appeler les ténèbres lumière ; ils encouragent l'infidélité au nom de la romance et le meurtre au nom de la compassion ; ils appellent profondeurs les hauteurs. Ils considérerons comme richesse le néant auquel ils s'aggriperont. Ils perdront l'essentiel, le considérant comme balayure. Ils adorereront, comme toutes créatures doit adorer, cependant, tout en s'efforçant de n'adorer qu'eux-mêmes, ils en viendront, sans le savoir, à adorer le père du mensonge. S'ensuivra alors le déchaînement croissant des plus grands maux qui, en définitive, chercheront à tout dévorer.

Une seule chose se dresse sur son chemin : l'Église catholique romaine — c'est-à-dire l'Église, lorsqu'elle vit fidèlement dans la plénitude de la vie du Christ. Quand elle s'érige en rempart pour résister à toutes les malices et toutes les tromperies du diable, et quand elle est un « signe de contradiction » contre tous les projets corrompus manigancés par l'humanité déchue.

Le fossé entre l'authentique disciple du Christ et l'hérétique (appelé de facto apostat) n'est pas toujours clair, parce que l'être humain se trouve dans un état de constante transition, et ne peut être réduit à l'un ou l'autre. Pour Newman, cependant, la distinction entre les deux pourrait se situer au niveau de la conscience :

. . . Le Christ habite dans la conscience de l'un, non celle de l'autre ; si l'un ouvre son coeur à Dieu, l'autre le lui ferme ; l'un ne voit le Dieu Tout-Puissant que comme un invité accidentel, l'autre comme le Seigneur et le Propriétaire de tout ce qu'il est ; l'un accepte Dieu dans sa vie le temps d'une nuit, ou pour une période déterminée, l'autre remet sa vie entre les mains de Dieu, se considèrant Son serviteur et Son instrument aujourd'hui et pour l'Éternité.

— Newman, Parochial and Plain Sermons, V, Sermon 16, December 25, 1837, “Christ Hidden from the World.”

Mais qu'arrive-t-il lorsque l'Eglise, rempart et signe de contradiction, devient l'instrument même de la déformation de la conscience ? Quand sa charité universelle pour les pécheurs se transforme en une parodie d'elle-même et dégénère en empathie pour le péché ? Quand sa voix s'affaiblit et n'appelle plus l'homme à s'élever pour devenir pleinement lui-même ?

L'Ecriture Sainte contient nombre d'avertissements :

J'ai cherché parmi eux quelqu'un qui relève le mur et se tienne devant moi, debout sur la brèche, pour défendre le pays et m'empêcher de le détruire, et je n'ai trouvé personne. Alors j'ai déversé sur eux mon indignation ; dans le feu de mon emportement, je les ai exterminés. J'ai fait retomber leur conduite sur leur tête – oracle du Seigneur Dieu. »

Ézéchiel 22: 30-31

Et les paroles de Jésus:

Je connais ta conduite, je sais que ton nom est celui d'un vivant, mais tu es mort. Sois vigilant, raffermis ce qui te reste et qui allait mourir, car je n'ai pas trouvé que tes actes soient parfaits devant mon Dieu. Eh bien, rappelle-toi ce que tu as reçu et entendu, garde-le et convertis-toi. Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur et tu ne pourras savoir à quelle heure je viendrai te surprendre.

Ap 3: 1-3

Ces avertissements pourront nous sembler durs, autoritaires et sans coeur, dans la mesure où nous n'entendons pas l'authentique voix du locuteur. « ... Celui qui écoute, qu'il écoute ; celui qui n'écoute pas, qu'il n'écoute pas. Car c'est une engeance de rebelles ! » (Ézéchiel 3: 27). Quand le Christ lui-même nous dit que nous devons nous repentir de peur de perdre le don qui nous a été fait à un si grand prix, ne pouvons-nous pas entendre le doux feu d'amour brûler au coeur de ces mots ? Ne pouvons-nous pas y entendre l'urgence d'un berger passionné, plutôt que la vindicte d'un autocrate ?

Et si nous ne parvenons pas à entendre cet amour brûlant, demandons-nous si nous ne sommes pas devenus incapables d'une juste interprétation ? Nous sommes-nous approché de la terre sainte où se trouve Dieu sans enlever nos sandales ? Avons-nous eu la prétention de penser que Dieu est là pour nous servir selon nos conditions ? Nous sommes-nous placés, consciemment ou inconsciemment, au-dessus des exigences de la révélation divine, au-dessus de la Parole vivante de Dieu, au-dessus du Magistère de l'Église que le Sauveur nous a donnée et a formée à travers deux millénaires d'innombrables martyrs, ces grands docteurs, bergers, enseignants, ces si humbles saints cachés aux yeux du monde, cette nuée de témoins, "grands et petits" ? Avons-nous présumé que nous serions à l'aube d'une nouvelle et meilleure révélation. Avons-nous été séduits au point de nous considérer comme la génération de chrétiens la plus évoluée, la plus éclairée, les meilleurs et derniers interprètes de la loi et des prophètes — et du Christ lui-même ? Si c'est le cas, nous sommes devenus des néo-gnostiques - les détenteurs de la connaissance — ignorant que nous sommes « malheureux, pitoyables, pauvres, aveugles et nus. » (Ap 3, 15-18)

A suivre ... « La grande apostasie - Partie II  »

Michael O'Brien

+ + +

[1] Newman, Tracts for the Times, Volume V, 1838-40, Advent Sermons on Antichrist.

[2] Dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe de Césarée, historien et évêque du quatrième siècle, fait aussi remarquer que chaque grande persécution de l'Eglise était précédée de périodes de laxisme généralisé parmi les fidèles.

[3] Cette maxime souvent citée de Chesterton n'a en fait pas été écrite par lui, mais est une paraphrase ou synthèse de réflexions similaires dispersées à travers ses écrits ; par exemple, dans l'un de ses récits du Père Brown, son prêtre-détective dit ceci : « Le premier effet du refus de croire en Dieu est que l'on perd tout bon sens. »

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