Vous êtes les témoins de ces choses – Une homélie pour le 3ème dimanche de Pâques


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Publié le dimanche 15 avril 2018

Auteur / source : Mgr Charles Pope

Catégorie : Discours, sermons & homélies

Nombre de consultations : 214

L'Evangile de ce dimanche (à lire ici) parle de la nécessité de devenir des témoins de la résurrection de Jésus. Cela commence par la proclamation nécessaire et fondamentale de l'Église : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » (Luc 24: 34) Cette déclaration solennelle fonde la certitude doctrinale de la résurrection. Sur ce fondement de la vérité, le témoignage personnel de chaque catholique doit être bâti. Dans ce passage des évangiles, nous voyons comment le Seigneur atteste de Sa résurrection à travers l'autorité enseignante de l'Église, confirme les apôtres dans cette vérité, clarifie leur foi, et les envoie ensuite pour en témoigner. Voyons comment le Seigneur fait cela.

Par Mgr Charles Pope • 14 avril 2018 • Titre original « You Are Witnesses of These Things – A Homily for the 3rd Sunday of Easter »

I. La certitude de la Résurrection - Et [les disciples d'Emmaüs] se levèrent à la même heure et retournèrent à Jérusalem. Et ils trouvèrent les onze et ceux qui étaient réunis avec eux, disant : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » Alors ils racontèrent ce qui s'était passé sur la route, et comment il s'était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

Tôt le matin du premier dimanche de Pâques, la nouvelle a commencé à circuler que Jésus était vivant et s'était montré à certains de Ses disciples. Les apôtres refusèrent de croire ces témoignages dans un premier temps, ou du moins ils doutèrent. Plusieurs femmes, dont Marie Madeleine, avaient vu Jésus vivant. Saint Jean avait vu le tombeau vide et avait "cru". Et bien que Luc ne le mentionne pas ici, Marc note que lorsque les disciples revenant d'Emmaüs annoncèrent avoir vu Jésus, eux non plus ne furent pas crus. (Mc 16, 13)

Tandis que nous reprenons le récit de ce soir-là, on constate un changement soudain, les apôtres attestent que le Seigneur est vraiment ressuscité !

Quelles sont les causes de ce changement ? Après le compte rendu de début de soirée des disciples revenant d'Emmaüs, Pierre s'éclipsa, peut-être pour une promenade. Selon Paul (1 Co 15: 5) et Luc (Luc 24: 34), le Seigneur ressuscité apparut alors à Pierre en privé, avant de Se faire connaître aux autres apôtres. Pierre rapporte l'apparition de Jésus aux autres et c'est à ce moment-là que le doute en la résurrection se transforma en une annonce officielle de la communauté, l'Église. L'annonce officielle est formulée comme suit : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » (Luc 24: 34)

Le témoignage des femmes et des laïcs ne signifiait-il rien ? Bien sûr que non. En effet, le Seigneur reprocha par la suite aux apôtres d'avoir été si réticents à accepter le témoignage des autres (Mc 16: 14). Il leur reprocha leur « dureté de coeur » pour leur refus de croire, d'autant plus qu'Il avait dit qu'Il ressusciterait le troisième jour. Même à ce jour, le Seigneur apparaît aux fidèles, quand ce n'est pas la Sainte Vierge Marie ou certains Saints. Le clergé doit soigneusement discerner de telles apparitions, ne pas immédiatement les considérer comme authentiques, sans pour autant refuser d'y croire. Cependant, aucune apparition ni dévotion (par exemple, le Chapelet de la Miséricorde Divine) ne peut devenir un enseignement officiel de l'Église Universelle tant que l'Église, en union avec le successeur de Pierre, ne l'a pas jugée digne de foi.

C'est encore plus vrai pour le dogme tel que celui de la résurrection. Il devient un enseignement officiel quand il est proclamé depuis la chaire de Pierre et de ses successeurs. Le pape Benoît XVI, en tant que Joseph Ratzinger, écrivait que selon lui il y a une dimension ecclésiologique au rôle spécial de Pierre lorsqu'il fait passer la résurrection d'un simple fait dont on témoigne à une vérité de foi.

... Cette indication des noms [Céphas et ensuite les Douze], ... révèle le fondement même de la foi de l'Église. D'une part, "les Douze" demeurent la pierre angulaire de l'Église, le point de référence permanent. D'un autre côté, la tâche spécifique donnée à Pierre est soulignée ici. ... Le rôle spécial de Pierre en tant que témoin est la confirmation de sa mission d'être le rocher sur lequel l'Église est bâtie. ... Ainsi, le récit de la résurrection s'écoule naturellement dans l'ecclésiologie. ... et il façonne l'Église naissante.

Jésus de Nazareth Vol. 2 ; traduction libre

Ainsi, la résurrection est maintenant officiellement annoncée par l'Église ; c'est une vérité sûre. La foi est une façon de connaître (ce que nous ne voyons pas mais que l'Eglise enseigne comme vrai). Notre foi en l'Église telle qu'elle est énoncée dans le Credo (je crois en l'Église une, sainte, catholique et apostolique) nous conduit à une certaine connaissance de la résurrection par la déclaration dogmatique de l'Église : Le Seigneur est vraiment ressuscité et il est apparu à Simon-Pierre ! " (Luc 24:34)

Cependant, même si la foi consiste en une déclaration collective et officielle de l'Église à travers le Collège des Apôtres dont Pierre est le chef, elle ne peut pas se limiter à cela. La foi doit rejoindre chaque membre à un niveau personnel. Il ne nous suffit pas de dire : « Pierre dit ... » ou « L'Église dit ... » ou « L'Écriture dit ... » ou « Ma mère dit ... » Nous devons aussi être capables d'ajouter notre propre voix au témoignage de l'Eglise. Nous devons être capables d'affirmer : « Jésus est ressuscité ; c'est vrai ! Ce que l'Église a toujours enseigné, moi aussi, je l'ai vécu. Tous ses enseignements et sa doctrine, tout ce que le Seigneur a enseigné et révélé est vrai parce que, dans le concret de ma propre vie, je les ai expérimentés et ils se sont avérés vrais ! »

Ainsi, nous devons marcher à la suite des disciples de Jésus dans ce pèlerinage qui nous permettra de faire l'expérience de ce que l'Église proclame : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » (Lc 24: 34)

II. Le contact avec la Résurrection - Tandis qu'ils étaient encore en train d'en parler entre eux, Jésus se tint au milieu d'eux et leur dit : « La paix soit avec vous. » Mais ils furent bouleversés et même terrifiés, pensant avoir affaire à un fantôme.

La vérité, si nous la saisissons, est consolante et libératrice. Jésus, dans la gloire de Sa résurrection se tient devant eux et dit : "Shalom", paix. Bien que la vérité libère et apporte la paix, un cheminement est généralement nécessaire pour parvenir à réaliser et accepter celle-ci. Avant que nous puissions recevoir le don de la vérité, nous devons souvent accepter le conflit qu'il introduit dans notre vie.

Comme nous le savons tous, la vérité peut surprendre et même bouleverser ; elle peut briser des conventions et remettre en question nos croyances et certitudes. Les apôtres sont tout d'abord effrayés. C'est une chose d'entendre et d'accepter que le Seigneur est ressuscité, qu'Il est apparu à Pierre, il en est une autre d'être personnellement confronté à la vérité.

C'est une chose pour eux de croire avec l'Église et de dire : « Le Seigneur est réellement ressuscité et il est apparu à Simon-Pierre. » Mais il en est une autre pour eux d'être confrontés personnellement à cette vérité. Elle remet en question tout leur schéma de connaissance. Leur croyance n'est plus abstraite ; ce n'est plus simplement une foi collective. A présent, ils sont personnellement en contact avec la réalité de la résurrection.

Il en est de même pour nous quand nous tentons d'approfondir notre foi. C'est la foi enseignée par l'Église, mais cette foi, nous devons la connaître et l'expérimenter personnellement. Dieu soit loué, le Seigneur est prêt à nous aider à y parvenir. Car Il ne se contente pas simplement de briser nos certitudes. Au contraire, Il nous aide à « relier les points » entre Sa vérité et ce que nous savons déjà.

III. La clarification de la Résurrection - Alors Il leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre coeur ? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n'a pas de chair ni d'os comme vous constatez que j'en ai. » Et tandis qu'Il disait cela, il leur montra Ses mains et Ses pieds. Alors qu'ils n'en croyaient toujours pas leurs yeux, Il leur demanda : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui donnèrent une part de poisson grillé ; il la prit et la mangea devant eux. Il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : “Il faut que s'accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” » Alors Il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.

La vérité peut souvent nous surprendre ; cela peut ébranler nos certitudes et croyances. Pour cette raison, certains s'en écartent ou y résistent, au moins au début.

Mais le Seigneur, dans Sa miséricorde, nous aide dans nos difficultés à croire. Il nous aide à faire le lien entre ce que nous avons du mal à croire et ce que nous savons déjà, entre ce qui est nouveau et ce qui est ancien et attesté. La vérité possède une unité ; de plus hautes vérités s'appuient sur des vérités inférieures. Dieu nous prépare par étapes pour nous mener vers la vérité tout entière. Jésus disait un jour aux apôtres : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous ne pouvez pas les porter. Quand Il viendra, Lui, l'Esprit de vérité, Il vous conduira dans la vérité tout entière. » (Jn 16, 12-13)

Ainsi, dans ce passage des évangiles, le Seigneur leur présente une sorte de continuité et de clarification. Par diverses méthodes, Il leur montre que, bien que glorieusement ressuscité et transformé, Lui qui se tient devant eux en ce moment est aussi le même Jésus qui marchait avec eux les jours précédents. Il leur montre ses mains et son côté pour attester qu'Il était bien celui qu'ils virent crucifié. Il leur demande de Le toucher pour réaliser qu'Il n'est pas un fantôme. Il mange pour les consoler et leur témoigner son amitié parmi les vivants ; Il n'est pas une apparition évanescente venant d'un autre monde. Finalement, Il ouvre leur intelligence à la compréhension des Écritures, afin qu'ils sachent que tout ce qui s'est passé n'est pas en rupture radicale avec le dessein de Dieu. Au contraire, c'est l'accomplissement de tout ce qui a été écrit, tout ce qui a été prophétisé.

Ce qui semble nouveau et différent est en fait conforme et en continuité avec tout ce qui a précédé. C'est la nouvelle Pâque qui ouvre la voie vers la véritable, glorieuse et éternelle Terre Promise du Ciel. Ce n'est pas un échec ; c'est un accomplissement. Ce n'est pas un rejet de l'Ancienne Alliance ; c'est sa ratification et sa transposition à un niveau plus élevé et plus glorieux que jamais. Moïse leur a donné la manne, mais Jésus se donne Lui-même en tant que le véritable pain du Ciel. Moïse leur a donné de l'eau, mais Jésus a changé l'eau en vin et le vin en Son sang rédempteur. Le sang de l'agneau pascal retardait une mort qui devait tôt ou tard advenir, mais le Sang du Véritable Agneau annule la seconde mort de l'Enfer.

C'est une clarification. Jésus les aide à faire le lien entre ce qu'ils ont connu et cette incroyable nouvelle réalité : Il a surmonté la torture et la mort. C'est vraiment Lui, bien que, comme l'indiquent les récits de la résurrection, Il est transformé. Il n'a pas simplement récupéré sa vie d'avant ; Il l'a élevée à un niveau nouveau et mystérieux. Il possède une humanité qui non seulement est ressuscitée, mais glorifiée. Sa Seigneurie et Sa gloire transparaissent comme jamais auparavant. Il peut apparaître et disparaître à volonté et peut, semble-t-il, modifier Son apparence.

Voici donc une vérité vers laquelle nous devons cheminer : Jésus n'est pas un simple Rabbin ou un maître du monde antique ; Il est le Seigneur. Il est notre frère et cependant aussi notre Seigneur. Il a ressuscité notre humanité d'entre les morts mais l'a aussi glorifiée. Il vit à un niveau supérieur, et nous qui sommes baptisés dans Sa mort, nous ressuscitons avec Lui vers une vie nouvelle (Rm 6: 4). Si donc quelqu'un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s'en est allé, un monde nouveau est déjà né. (2 Co 5: 17)

Dans notre pèlerinage vers ce qui est nouveau, le Seigneur ne détruit pas ce qui est ancien, ce qu'Il a réalisé. Il l'accomplit et l'élève. Sa vérité est créatrice, et tandis que ce qui est nouveau nous met au défi, cela ne détruit ni n'annihile notre raison ou ce que nous avons déjà appris à connaître — et qui nous fut confirmé — comme vrai.

C'est à nous de coopérer avec Sa grâce et de saisir personnellement la vérité confessée par l'Église. Le Seigneur accomplit cela d'une manière qui respecte notre intelligence et notre sensus fidei. De cette manière, nos conflits sont progressivement surmontés. Notre foi est approfondie et, bien que collective, elle devient aussi plus personnelle. Nous sommes à présent prêts à devenir les témoins de la foi immuable de l'Église : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre ! » et de tous les autres enseignements qui en découlent.

IV. Témoigner de la Résurrection - Et Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu'il ressusciterait d'entre les morts le troisième jour, que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d'en être les témoins. »

Qu'est-ce qu'un témoin ? Eh bien, ce n'est pas quelqu'un qui répète simplement ce que d'autres ont vu et entendu ; c'est celui qui témoigne de ce qu'il a lui-même vu et entendu. Les apôtres, ayant personnellement été en contact avec la réalité de la résurrection, proclamée par l'Église, et Jésus l'ayant clarifiée pour eux, sont maintenant prêts à partir comme témoins. Les évêques, les prêtres, les diacres, les catéchistes et les parents doivent aller au-delà de la simple répétition de formules, bien qu'elles soient précieuses et nécessaires. (Surtout n'allez pas inventer votre propre religion !) Que Jésus est ressuscité d'entre les morts est certain et vrai parce que l'Église le proclame solennellement : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »

Vient ensuite ce moment où nous permettons au Seigneur de se tenir devant nous et affirmons ce qu'Il proclame à travers l'Église. Etant en relation avec Lui, nous devons Lui permettre de clarifier notre foi et de nous envoyer ensuite en mission en tant que Ses témoins. En tant que témoins, nous pouvons et devons dire : « L'Église dit qu'Il est ressuscité. Les Écritures disent qu'Il est ressuscité. Et je vous dis qu'Il est ressuscité. »

Accepterez-vous d'être témoins de ces choses ?

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