Homélie pour le Vendredi Saint


Commentaires (0)

Publié le vendredi 30 mars 2018

Auteur / source : Père Simon Noël

Catégorie : Discours, sermons & homélies

Nombre de consultations : 469

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Ce cri de Jésus sur la Croix est une parole étrange pour le croyant. Dieu n'abandonne jamais ses amis. Tant de psaumes le disent, et en particulier ce psaume 21, que Jésus reprend ici, et qui se termine par une exultation pour la délivrance que Dieu apporte à son serviteur, au terme d'une épreuve qui ne dure qu'un moment.

Du Père Simon Noël sur son blog :

Nietzsche a été jusqu'à dire que Jésus à ce moment terrible avait perdu la foi et avait compris que sa mission n'était qu'une illusion. Nous ne pouvons pas être d'accord avec cette manière de voir les choses. Car après ce cri de détresse de Jésus, il y a sa dernière parole: Père, en tes mains je remets mon esprit. Oui, le cri de Jésus, se sentant abandonné, nous scandalise, et pourtant il est là mystérieusement.

De nos jours, on a beaucoup parlé de la mort de Dieu. L'histoire du dernier siècle a été trop tragique. Les camps de concentration du goulag soviétique, ceux de l'Europe dominée par l'Allemagne, ceux de Chine, du Cambodge ou du Vietnam, tant de faits tragiques nous poussent à croire que Dieu n'est plus là. Et pourtant face au mystère du mal absolu, la liberté de l'homme subsiste. Dans les camps, on a vu des croyants perdre la foi et on a vu des athées trouver Dieu.

Jésus a poussé ce cri, non en hébreu, la langue liturgique, mais en araméen, la langue de tous les jours, celle qu'on parle à la maison. Ce cri surgit donc de toute la profondeur humaine du Christ, c'est le cri d'un petit enfant à son papa. De ce cri, les assistants vont se moquer. Ils ont dû bien comprendre que c'est à Dieu, et non à Élie que ce cri s'adressait mais ils vont jouer sur les mots. Élie était dans la religion populaire de ce temps, le patron des causes désespérées, un peu comme sainte Rita aujourd'hui. Ils ont réagi comme le feraient de nos jours de cruels moqueurs devant un malheureux en détresse : même sainte Rita ne fera rien pour toi.

Essayons maintenant de comprendre du point de vue de la foi ce que cela signifie. Les mystiques peuvent nous y aider. Je pense notamment à Marthe Robin, la stigmatisée. Chaque vendredi, elle revivait la passion de Jésus. Mais les douleurs physiques n'étaient rien en comparaison des douleurs morales. Marthe ressentait l'absence de Dieu, la coupure totale avec la source divine. Elle pensait que le malheur du XXe siècle était la séparation qu'avait faite l'humanité d'avec Dieu (sorte d'enfer sur terre) elle pensait qu'en éprouvant cette impression de déréliction et de condamnation elle représentait l'humanité entière, en ce XXe siècle à son déclin. Elle se tenait aux portes de l'enfer pour que l'enfer soit vide. Elle imaginait que c'était là son office principal, sa tâche, son métier.

Saint Paul l'avait dit : le Christ s'est fait péché, malédiction pour nous. Il a pris sur la croix, non pas la culpabilité du péché, il est l'innocence en personne, mais la peine du péché. Comme l'a dit von Balthasar : il faut être Dieu pour comprendre vraiment ce que signifie être privé de Dieu.

Jésus abandonné ?, mais ce thème est présent dans tout l'Évangile : Jésus incompris par sa famille, Jésus incompris par ses disciples, Jésus trahi par l'un des siens, lâché par ses apôtres, renié par Pierre, condamné par les grands prêtres, abandonné par son Père. Oui Jésus est bien seul. La solitude, voilà ce qui est au coeur de toute souffrance. Dans toute souffrance, il y la perte de Dieu.

Et c'est justement en acceptant cela que nous allons comprendre le coeur de l'Évangile, bonne nouvelle du salut. Car ce salut concerne d'abord les plus malheureux et les plus souffrants, les âmes les plus abandonnées. La Croix de Jésus est scandale pour les Juifs et folie pour les Grecs. Comment reconnaître Dieu, sa présence et son salut, dans une épave humaine, abandonnée de tous, lors d'un échec lamentable ? Comment voir Dieu dans une vie ratée ?

Eh bien pourtant, c'est là que nous trouvons Dieu. Tout est renversé dans la Croix du Christ. Dans sa déréliction absolue, il a voulu rejoindre les damnés de la terre, s'identifier à eux. Il est descendu dans notre enfer. Et c'est quand nous ressentons l'absence de Dieu que nous le trouvons le plus profondément. Quand pour nous la foi semble disparaître, quand la prière semble impossible, quand l'espérance semble ne plus être qu'une illusion, quand notre vie est complètement ratée, c'est le moment où nous pouvons enfin entrer dans la vérité de la vie. Un proverbe indien le dit: le moment le plus noir de la nuit est celui qui précède tout juste l'aurore. La consolation que nous apporte l'Évangile n'est jamais une consolation facile, faite de bonnes paroles, qui glissent sur celui qui souffre comme un peu d'air frais. Elle ne ressort pas de la langue de bois. Elle est affrontement face à face de nos ténèbres, mais dans cet affrontement, le Christ nous rejoint et nous sauve de l'intérieur.

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? C'est à ce moment que Jésus a le plus souffert. Mais aussi c'est quand il a le plus souffert, qu'il a le plus aimé.

Père Simon Noël

Cet article m'inspire ...


de la joie
0


de l'encouragement
0


de la perplexité
0


de la tristesse
0


de la peur
0

Accueil du blog votre opinion

Faire connaître ce blog : Télécharger les visuels de Pierre et les Loups

Télécharger les visuels de Pierre et les Loups

A imprimer ou à partager sur Internet !

Commentaires des internautes

Partagez votre opinion

Aucun commentaire n'a encore été déposé sur cet article.

Ecrire un commentaire

Veuillez utiliser le formulaire suivant pour nous soumettre votre commentaire.

Champs obligatoires

@
Pour recevoir les avis de réponse à votre commentaire si vous avez coché l'option correspondante ci-dessous.

Etre informé des prochains commentaires déposés sur cet article ?

Veuillez résoudre le calcul simple suivant : 4 + 2 = ?

Recommander cet article

Le formulaire ci-dessous vous permet de recommander la page Homélie pour le Vendredi Saint.

Champs obligatoires

@
@
Veuillez résoudre le calcul simple suivant : 4 + 2 = ?

Articles similaires

Lire un article au hasard

Puisse le Ressuscité aider la femme à refuser les sollicitations perverses qui la blessent à l’intime

dimanche 1 avril 2018   0 commentaire   339    partager

Extrait de l'homélie de Pâques de Dom Courau, abbé de Triors :

La mort rodait autour du Saint Sépulcre, elle continue de roder encore un peu partout. L'histoire est jonchée de cadavres comme d'autant d'Abel, elle menace au surplus notre vie morale, entravant la victoire pascale. La résurrection finale rendra évidente pour tous la victoire de la vie sur la mort, par Jésus ressuscité, l'unique Sauveur de l'humanité. Mais pour l'heure, elle est encore l'objet de la foi pascale qui chante avec Marie-Madeleine : Scimus Christum surrexisse a mortuis vere – Nous savons désormais que le Christ est vraiment ressuscité des morts. Et cela change nos vies.

Lire la suite

Cardinal Newman : « Le Carême, temps de repentance »

vendredi 23 février 2018    381    partager

Le titre du sermon résume l'enseignement que Newman veut donner à ses ouailles : ne pas laisser passer le temps du Carême sans prendre ou reprendre conscience de l’état de pécheur dans lequel ils sont et faire preuve du repentir qui doit en résulter, saisir l’occasion de ce temps de l’année que l’Église a établi pour cela depuis les origines. En effet, le sérieux avec lequel doit être prise la vie chrétienne est mis à mal par l’insouciance que favorise la vie facile que connaissaient la plupart des auditeurs de Newman, insouciance qui rend le chrétien oublieux des dons qu’il a reçus au baptême et le fait glisser peu à peu dans le péché sans qu’il éprouve le souci ou le besoin de se repentir. Contre cette tendance, le Carême constitue un avertissement salutaire. Cette attitude d’insouciance et finalement d’indifférence à l’égard des privilèges chrétiens, répandue chez beaucoup de fidèles, est figurée dans l’Ancien Testament par le comportement d’Ésaü à l’égard des dons paternels auxquels sa situation d’aîné lui donnait droit. Au lieu de les considérer à leur juste valeur, il les a pris à la légère : il a abandonné son droit d’aînesse pour peu de choses, un plat de nourriture, ensuite il a cru pouvoir obtenir la bénédiction paternelle en échange d’un plat de venaison sans se soucier du fait que son premier péché, l’abandon du droit d’aînesse, le rendait inapte à obtenir la bénédiction qui lui revenait. Son cri angoissé quand il s’aperçut qu’elle était allée à son frère aîné ne sera-t-il pas celui de beaucoup de chrétiens qui vivent dans l’insouciance et n'éprouvent pas le besoin de se repentir ? Comme Ésaü, comme les vierges folles de la parabole, ils voudront le faire quand il sera trop tard, au jour du Jugement. S’ils ne se repentent pas à temps, s’ils n'entendent pas les avertissements que le Seigneur, dans sa providence, leur donne sous la forme d’épreuves diverses, maladie, échec, revers de fortune, etc., leur punition sera plus dure ensuite.

Lire la suite

Le Diable existe, il ne faut pas être naïf, avertit le Pape François

samedi 7 avril 2018   2 commentaires   488    partager

Une homélie sur la « tactique » du diable

« Le diable existe, même au XXIè siècle : nous ne devons pas être naïfs !, a expliqué le pape François dans son homélie de la messe de 7 h du vendredi 11 avril 2014, en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe du Vatican. »

Lire la suite