Qui peut recevoir la Sainte Communion ? Par la cardinal Gerhard Ludwig Müller


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Publié le dimanche 29 avril 2018

Catégorie : Vie de l'Eglise

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Ceci est la cinquième partie d'une série de réflexions du cardinal Müller sur des questions d'actualité dans la vie de l'Église.

Selon Reinhard Cardinal Marx, les évêques allemands ont récemment préparé des directives qui envisagent l'admission éventuelle à la sainte communion de protestants mariés à un conjoint catholique. Le seul pré-requis absolu serait que ces protestants affirment la foi de l'Église Catholique. (Des rapports plus récents indiquent que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avec le soutien du Pape, a rejeté la proposition des évêques allemands, mais les évêques allemands nient que ce soit le cas.)

Le cardinal Marx a ajouté que l'ouverture de cette possibilité ne signifierait pas changer la doctrine mais seulement modifier son approche pastorale. Cependant, cette nouvelle procédure « pastorale » n'aurait-elle pas des implications doctrinales ? Est-ce suffisant d'affirmer la foi de l'Église Catholique pour pouvoir recevoir l'Eucharistie, ou faut-il réellement appartenir à l'Église Catholique ?

Pour la foi catholique, la connexion entre l'Église et l'Eucharistie est constitutive. Par conséquent, en prinipe, seuls les baptisés peuvent recevoir la communion sacramentelle, c'est-à-dire ceux qui sont en pleine communion ecclésiale avec « l'unique Église du Christ ... constituée et organisée dans le monde en tant que société, qui subsiste dans l'Église Catholique et est gouvernée par le successeur de Pierre et par les évêques en communion avec lui" (Vatican II, Lumen Gentium n° 8). Quiconque conteste cette vérité révélée en théorie ou l'annule dans la pratique entre en contradiction ouverte avec la foi catholique. Comme je vais maintenant le montrer, il existe un lien entre la communion sacramentelle d'une part et la communion ecclésiale d'autre part, je le ferai du point de vue de la Révélation, telle qu'elle est fidèlement et complètement conservée dans l'Église Catholique, sans discuter des directives controversées de la Conférence épiscopale allemande.

La théologie à notre époque est souvent subordonnée à l'idéologie et à la politique ecclésiastique. Au lieu d'échanger des arguments dans un débat ouvert, on discrédite les gens. Chaque problème est centré sur les personnes, et donc il est neutralisé. Même si quelqu'un connaît les Saintes Écritures par coeur, a étudié les Pères de l'Église et se révèle être un expert en philosophie et en science modernes, il suffit pour le discréditer qu'un journaliste sorti d'on ne sait où, ou un théologien amateur le qualifie de « conservateur, » et toutes ses connaissances seront neutralisées, tout comme le meilleur vin devient imbuvable lorsqu'une goutte de poison y est mélangée. Chaque évêque nouvellement nommé est mis à l'épreuve lors de la première conférence de presse et qualifié de conservateur ou libéral — quoi que cela puisse signifier — selon qu'il s'exprime « pour ou contre » l'ordination des femmes, « pour ou contre » la bénédiction des couples homosexuels, "pour ou contre" le célibat des prêtres, et "pour ou contre" la Sainte Communion pour les "divorcés remariés". D'autres sujets sont sans intérêt et les arguments différenciés ne comptent pas. Ainsi, les allégations de parti pris idéologique personnel remplacent les discussions objectives. Ceux qui voudraient voir un lien plus distendu entre la communion ecclésiale et la communion sacramentelle — prétendument pour faciliter la foi de nos contemporains — accusent immédiatement leurs critiques d'étroitesse d'esprit ou d'adhésion pharisaïque rigide à des dogmes que les chrétiens de nos sociétés sécularisées ne peuvent plus comprendre.

Aujourd'hui, nous assistons à un climat anti-dogmatique qui a des effets négatifs sur la compréhension des sacrements. Les sacrements ne sont plus alors considérés comme les signes visibles institués par le Christ et célébrés dans l'Église, opérant une grâce invisible en ceux qui sont bien disposés. Les sacrements sont transformés en moyens de soutien psychologiques et sociaux afin de faciliter nos expériences mystiques intérieures avec un "Christ" qui est façonné dans notre conscience selon notre propre image et notre propre ressemblance. La grâce des sacrements n'est certainement pas une récompense pour une bonne conduite morale, mais encore moins une justification pour une conduite immorale et une vie vécue en opposition aux commandements de Dieu. Quand il s'agit de la relation entre la grâce et la moralité, il n'y a pas de "soit l'un soit l'autre", mais "à la fois l'un et l'autre", comme nous le lisons dans les documents du Concile Vatican II : « Le caractère sacré et organique de la communauté sacerdotale entre en action par les sacrements et les vertus. » (Concile Vatican II, Lumen Gentium n° 11).

Beaucoup de personnes sont aujourd'hui incapables d'entrer véritablement dans la liturgie parce qu'elles n'associent pas la vie et les dogmes de l'Église aux réalités de l'Incarnation, mais considèrent plutôt le christianisme comme une variation historique d'un sentiment religieux général induit par une vague transcendance. La nature, l'action et l'effet des sacrements ne sont révélés qu'à la lumière de l'Incarnation et de la véritable médiation dans l'histoire du salut par la Croix et la Résurrection du Christ, le Verbe incarné de Dieu. De ce point de vue, on s'aperçoit immédiatement que la mentalité de ceux qui disent : « Ceci peut être dogmatiquement correct, mais cela ne fonctionne pas pour la pastorale » est totalement non-catholique. Le Christ, Maître de la Vérité, qui est Dieu lui-même, qui nous le fait connaître et l'aimer, est en même temps le Bon Berger et "le Gardien de nos âmes" (1 Pi 2,25), qui a donné Sa vie pour nous sur la Croix. Par conséquent, il ne peut y avoir une double vérité dans l'enseignement catholique. Ce qui est dogmatiquement mauvais aura des effets néfastes sur le travail pastoral dans la mesure où celui-ci sera guidé par de faux principes, mettant en danger le salut des âmes.

À l'époque des médias sociaux, de la communication numérique et du courant totalitaire dominant, ce qui importe avant tout, ce n'est pas que le pape et les évêques rejoignent les gens, mais plutôt qu'à travers leur message le Christ rejoigne les hommes, le Christ qui est la vérité et la vie de Dieu. Par conséquent, en tant que seul et unique magistère indivisible de l'Église, le pape et les évêques unis à lui portent la très grave responsabilité de faire en sorte qu'aucun signe ambigu ou enseignement flou ne viennent d'eux, cherchant à induire les fidèles en erreur ou à les rassurer par des propos lénifiants. Pour le pape et les évêques, cela fait partie des dangers de leur fonction de se retrouver dans des situations où les meneurs d'opinion et les puissants de ce monde les accusent d'être déconnectés de la réalité, hostiles à la vie ou coincés à l'époque médiévale. Les prophètes d'autrefois furent persécutés. Jésus a averti ses disciples que l'on "dirait faussement toute sorte de mal" contre eux à cause de la vraie foi (Mt 5: 11). Pourquoi donc les évêques, en tant que successeurs des Apôtres, pensent-ils que la raison de la persécution et de la calomnie est à chercher simplement dans une fausse politique médiatique, qui pourrait alors facilement être corrigée par de meilleures compétences de communication ?

A l'époque du relativisme dogmatique, qui se transforme rapidement en une persécution verbale et violente des témoins de la vérité révélée, il nous faut clarifier notre pensée théologique et avoir le courage des martyrs pour parvenir à témoigner de la vérité, comme Jésus l'a fait devant Pilate. Le souci de l'Eglise est de suivre le Christ dans la vérité de Dieu, et non par le biais des puissances de ce monde. Mais nous voulons témoigner de la foi catholique et être des exemples vivants de cette foi d'une manière qui nous permette de nous unir aux chrétiens des églises orthodoxes et d'autres dénominations sur le chemin de la pleine unité de l'Église, tout comme son fondateur, Jésus-Christ, le désire.

Au moment de l'institution de l'Eucharistie, Jésus n'a pas donné de réponses détaillées à toutes les questions individuelles qui se poseraient lors de réflexions ultérieures. Mais toutes les déclarations dogmatiques de l'Église se basent sur la nature de ce sacrement tel que Jésus l'a institué. Celui qui veut recevoir le Corps et le Sang sacramentels du Christ doit déjà être intégré au corps du Christ, qui est l'Église, à travers la confession de la foi et le baptême sacramentel. Ainsi, il n'y a pas de communion mystique, individualiste et émotionnelle avec le Christ qui puisse être considérée indépendamment du baptême et de l'appartenance à l'Église. Après tout, le Christ est toujours la Tête de son corps, et son corps est l'Église. Il n'existe aucune communion mystique et individualiste avec le Christ basée sur l'émotion, en faisant abstraction de l'appartenance au corps ecclésial du Christ.

Il a toujours été clair pour chaque catholique que pour recevoir le Corps et le Sang du Christ dans l'Eucharistie d'une manière valable et fructueuse, il faut être en pleine communion avec le corps ecclésial du Christ dans la profession du Credo, dans les sacrements, et dans la constitution hiérarchique de l'Église visible. En outre, les fidèles doivent être dans un état de grâce sanctifiante, c'est-à-dire qu'ils doivent se repentir sincèrement de tout péché mortel et le confesser, en ayant la ferme résolution de ne plus pécher. Ordinairement, c'est dans l'absolution sacramentelle que les fidèles sont libérés de la grave culpabilité qui les sépare radicalement de Dieu et de l'Église.

Lorsque les papes et les conciles excommunièrent des hérétiques et des schismatiques, ils exclurent ces croyants baptisés de la communion eucharistique jusqu'au jour où ils se convertirent et furent réconciliés avec Dieu et l'Église. Et inversement aussi les hétérodoxes, qui se considéraient comme orthodoxes, refusèrent la communion ecclésiale aux catholiques en ne leur accordant pas la communion eucharistique.

Ce n'est que lors de l'accord de Leuenberg entre les Églises de la Réforme dans l'Europe de 1973 que les luthériens et les réformés permirent à leurs membres respectifs de participer aux célébrations de la Cène du Seigneur et permirent à leurs prêtres respectifs de prêcher dans leurs congrégations respectives. En effet, jusqu'à ce jour, ils avaient adhéré à un principe qui remonte à l'Église primitive, à savoir celui selon lequel la communion dans les sacrements ne peut être séparée de la communion ecclésiale. Et en fait, toutes les communautés ecclésiales issues de la Réforme n'ont pas adhéré à l'Accord de Leuenberg. Pour certains, cet accord avait résolu la controverse sur la présence réelle du Christ dans la Cène du Seigneur d'une manière qui favorisait excessivement la vision calviniste, échouant ainsi à parvenir à une véritable unité de foi à ce sujet.

Il y a certainement eu des progrès significatifs dans le dialogue de l'Église Catholique avec diverses communautés protestantes. Néanmoins, l'Église Catholique ne peut s'éloigner des doctrines essentielles de la foi qui concernent sa propre mission et les sacrements qu'elle dispense. Si elle le faisait, elle deviendrait infidèle au Christ. Il ne suffit pas qu'un chrétien non-catholique accepte sélectivement pour lui-même certains des enseignements de l'Église et rejette les autres ou les considère comme sans importance. Dans l'enseignement sur l'Eucharistie, il existe un accord presque complet entre l'Eglise catholique et les Eglises orthodoxes (la Présence réelle, le caractère sacrificiel de la Messe, la nécessité d'un prêtre ordonné, sans lequel il n'y a pas d'Eucharistie). Il existe un accord partiel entre l'Église Catholique et certaines communautés protestantes, en particulier les luthériens.

Pour les catholiques, les sacrements ne sont pas simplement des signes de la justification du pécheur qui a déjà eu lieu par la foi seule. Au contraire, ils sont des signes qui produisent ce qu'ils signifient. Et en effet, il peut y avoir des circonstances dans lesquelles les sacrements de la grâce ne peuvent être administrés en tant que signes visibles, et Dieu communique néanmoins la grâce des sacrements à ceux qui s'ouvrent à Lui dans la foi, l'espérance et la charité. Mais Il le fait pour le salut des êtres humains sans pour autant rendre moins importante la médiation visible et sacramentelle du salut, qui est basée sur l'Incarnation et est en accord avec la nature humaine.

Dès l'instant où l'on interprète la faim spirituelle de l'être humain pour Dieu et la grâce divine en termes psychologiques plutôt que théologiques, il y a le danger de confondre les sacrements chrétiens avec la magie païenne. A cause de la foi surnaturelle et de la grâce, l'Eucharistie est une "médecine de l'immortalité" (Ignace d'Antioche, Epître aux Ephésiens) ; ce n'est pas un remède pour les expériences et les traumatismes psycho-dramatiques. Ici, il est important d'utiliser les aides naturelles de la médecine et de la thérapie. Il est impossible à l'Eucharistie de restaurer physiquement, pour ainsi dire, la communion ecclésiale perdue en l'absence de l'union surnaturelle qui découle d'une confession de foi commune, des sacrements et de l'unité visible avec le pape et les évêques.

Certains prétendent, avec une apparente générosité, que les choses ne devraient pas être interprétées de manière trop stricte, et qu'en fin de compte la décision de recevoir la Sainte Communion devrait être laissée aux sentiments pieux et à la bonne volonté des gens. En réalité, cependant, cet appel à des sentiments subjectifs qui l'emportent sur la discipline sacramentelle manifeste un mépris pour la foi telle qu'elle a été révélée par Dieu et confiée à l'Église Catholique. Lorsque les conférences épiscopales individuelles cherchent à résoudre les difficultés par un exercice du pouvoir, renonçant à tout effort pour mieux comprendre la foi catholique et dégageant au lieu de cela un dictat autoritaire, présupposant tacitement l'approbation du pape, alors le magistère de l'Église se sape lui-même. Après tout, son autorité ne repose pas sur le pouvoir administratif, mais sur "la Parole de Dieu, écrite ou transmise". « Le Magistère n'est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais il est à son service, n'enseignant que ce qui a été transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l'assistance de l'Esprit Saint, il écoute cette Parole avec amour, la garde saintement et l'expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu'il propose à croire comme étant révélé par Dieu. » (Concile Vatican II, Dei Verbum n° 10).

Dieu n'a désigné qu'un seul magistère dans l'Église Catholique. Certains proposent que dans l'Église il puisse y avoir diversité et divergence en matière de foi et dans l'administration des sacrements. Il est même suggéré que des conférences épiscopales ou des évêques individuels aient leur propre magistère par lequel ils puissent interpréter la Révélation de leur propre chef d'une manière dogmatiquement contraignante sans liens avec le pape et l'épiscopat universel. Cette proposition révèle non seulement un manque effrayant d'éducation théologique, mais elle n'est rien de plus qu'une attaque monstrueuse contre l'unité de l'Église dans le Christ. Pour l'Église universelle et pour le collège des évêques, le pape est le principe de l'unité de la foi et le fondement de la communion dans les sacrements. Les évêques individuels jouent un rôle analogue pour leurs églises locales (Concile Vatican II, Lumen Gentium 18, n ° 22). Ils ne doivent pas être la cause de la division de l'Église universelle en églises nationales autocéphales. Le principe laïque de la décentralisation du pouvoir politique ne peut être appliqué à l'Église que de manière analogue et uniquement en ce qui concerne les questions logistiques de l'administration ecclésiastique. Il ne peut certainement pas être appliqué à la vérité qui unit tous les croyants en Dieu tandis qu'ils continuent d'être « assidus à l'enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. » (Actes 2:42).

Néanmoins, dans la situation extrême de danger mortel, lorsque l'enjeu est la préparation immédiate du croyant à son jugement particulier et à la vie éternelle, l'Église ne peut pas refuser l'aide pastorale à un chrétien non catholique qui est baptisé lorsque celui-ci le demande sérieusement. Evidemment, cela ne peut avoir lieu que dans le respect de la foi du croyant. En effet, la plupart des chrétiens non catholiques n'ont pas eux-mêmes été coupables d'hérésie et ne se sont pas séparés de l'Église Catholique de leur propre initiative. En raison du baptême, et à cause de nombreux autres éléments qui fondent l'Église, les chrétiens des communautés ecclésiales issues de la Réforme ont un lien réel avec l'Église Catholique. Il y a bien une communion, bien que ce ne soit pas une pleine communion (Concile Vatican II, Unitatis Redintegratio n° 3).

Lorsque des chrétiens non catholiques dans des situations de besoin grave qui portent sur leur salut éternel — des situations qui ne doivent pas être confondues avec des difficultés sociales ou psychologiques — demandent à un prêtre catholique le pardon sacramentel de leurs péchés et la Sainte Communion comme un viatique, c'est-à-dire, comme une nourriture pour leur voyage final, alors en effet ces sacrements de grâce peuvent leur être donnés. Aucune autre condition ne doit être remplie que d'affirmer la foi de l'Église concernant ces sacrements au moins implicitement. En fait, à cause de leur foi, de leur espérance et de leur charité, Dieu leur donne la grâce des sacrements. Toute apparence de relativisme doit être évitée.

Cependant, il ne faut pas élargir arbitrairement des concepts tels que « besoin grave et pressant » (Codex Iuris Canonici, can. 844 §4) de manière à donner lieu à une union sacramentelle de facto de l'Église Catholique avec les communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec elle. Le droit canonique doit être interprété à la lumière de la foi révélée et, en ce qui concerne la loi ecclésiastique, il doit aussi être corrigé dans la même lumière. Inversement, il est impossible que des dispositions canoniques positives, purement humaines, en arrivent à invalider pratiquement la foi. Une divergence entre la doctrine de la foi et sa pratique n'est pas possible si nous voulons rester catholiques. En fin de compte, le but n'est pas l'intercommunion entre des églises visibles qui restent séparées, mais plutôt l'unité visible de l'Église qui est représentée et réalisée dans l'unité de la foi, des sacrements, et de la reconnaissance de l'enseignement et du ministère du pape et des évêques (Concile Vatican II, Unitatis Redintegratio n° 4).

Même si un mariage et une famille confessionnellement mixtes sont susceptibles d'être un grand défi pour les conjoints et leurs enfants, il peut, en même temps, être une opportunité du point de vue oecuménique. Cependant, il ne s'agit certainement pas d'une situation de « besoin grave et pressant » qui exige l'administration des sacrements de l'Église Catholique à la partie non catholique pour le salut de son âme. Si les chrétiens protestants parviennent à la conviction intérieure qu'ils affirment dans leur conscience toute la foi catholique et sa forme ecclésiale, ils doivent aussi rechercher la pleine communion visible avec l'Église Catholique.

En ce qui concerne les Églises orthodoxes, la question est différente à la fois dogmatiquement et pratiquement, dans la mesure où elles ont la même compréhension de l'Église en tant que réalité sacramentelle que les catholiques. Ils ont des sacrements valables, le sacerdoce sacramentel et l'ordination valide des évêques, qui sont les successeurs vrais et légitimes des Apôtres. Ainsi, à condition que « la nécessité l'exige ou qu'un véritable avantage spirituel le recommande » et que l'erreur de l'indifférentisme soit évitée et « qu'il soit physiquement ou moralement impossible d'approcher un ministre catholique », un croyant catholique peut demander le sacrement de la confession à un prêtre orthodoxe, tout comme l'onction des malades et l'Eucharistie (Codex Iuris Canonici, canon 844 §2). En ce qui concerne les dispositions de l'Église Catholique, un prêtre catholique peut légalement offrir ces sacrements aux chrétiens orthodoxes à la seule condition que « ils les demandent spontanément et soient convenablement disposés » (Codex Iuris Canonici, canon 844 §3). Les orthodoxes, en revanche, sont plus réservés dans leur relation avec l'Église Catholique. La raison en est que, dans leur doctrine des sacrements, ils n'ont pas toujours, du moins pas de façon régulière, tiré les conclusions de l'Église Catholique par rapport aux décisions anti-donatistes fondamentales des quatrième et cinquième siècles. À la suite de ces décisions, l'Église Catholique estime que même un prêtre hérétique ou schismatique, ou qui ne vit pas une vie moralement irréprochable, peut valablement administrer les sacrements, pourvu qu'il soit valablement ordonné et célèbre les sacrements selon l'esprit de l'Église.

Quand il s'agit de la compétence des conférences épiscopales en matière doctrinale, il ne faut pas limiter la question à leurs compétences juridiques et canoniques. Il est de la plus haute importance de rappeler que ni les évêques ni le pape n'ont compétence pour intervenir sur la substance des sacrements (Concile de Trente, Décret sur la communion sous les deux espèces, DH 1728) ou tacitement pour initier des processus d'erreur et de confusion dans la pratique sacramentelle, mettant ainsi en péril le salut des âmes.

L'oecuménisme doit viser à surmonter les différences doctrinales dans la substance de la question elle-même. Il ne peut pas se limiter à trouver des formules de compromis verbaux, qui sont finalement insoutenables. En rejetant la responsabilité de la division du christianisme occidental sur la théologie académique, on ne fait que favoriser l'indifférence en matière de foi. La conséquence serait alors un nihilisme ecclésiologique qui ouvre un abîme qui finira par engloutir l'Église. Cependant, il y a une alternative à laquelle il est important que nous nous tenions : "l'Église du Dieu vivant ... est le pilier et le soutien de la vérité" (1 Tim 3:15).

Gerhard Ludwig Le Cardinal Müller est l'ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Source : https://www.firstthings.com/web-exclusives/2018/04/who-may-receive-communion

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