Leurs récriminations dans le désert ont beaucoup à nous apprendre (Leçon n°4)


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Publié le mardi 27 mars 2018

Catégorie : Encouragement spirituel

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Nous poursuivons aujourd'hui notre réflexion au sujet des récriminations de l'ancien peuple juif contre Moïse et contre Dieu.

Nos lamentations ont également des effets néfastes sur autrui. Un tel comportement transmet la négativité. Même si seulement un petit nombre râle, cela peut tout de même susciter la peur, le pessimisme et la colère chez les autres.

Par Mgr Charles Pope • 21 mars 2018 • Titre original « The Grumblings in the Wilderness Have Much to Teach Us (Lesson Four) »

Leçon 4 : Récriminer peut grandement nuire aux autres

L'un des effets les plus tristes qu'ont eu ces récriminations dans le désert fut qu'elles ébranlèrent Moïse. Il en fut exténué. A un moment particulièrement déprimant, alors le peuple se plaignait de la qualité de la nourriture, Moïse se lamenta devant Dieu,

« Pourquoi traiter si mal ton serviteur ? Pourquoi n'ai-je pas trouvé grâce à tes yeux que tu m'aies imposé le fardeau de tout ce peuple ? Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple, est-ce moi qui l'ai enfanté, pour que tu me dises : “Comme on porte un nourrisson, porte ce peuple dans tes bras jusqu'au pays que j'ai juré de donner à tes pères” ? ... Je ne puis, à moi seul, porter tout ce peuple : c'est trop lourd pour moi. Si c'est ainsi que tu me traites, tue-moi donc ; oui, tue-moi, si j'ai trouvé grâce à tes yeux. Que je ne voie pas mon malheur ! »

Nombres 11: 11-15

Oui, Moïse était si découragé qu'il préféra appeler la mort plutôt que de continuer à porter ce peuple indocile. Epuisé, il se mit à parler inconsidérément et commis un péché. Par conséquent, Dieu lui interdit l'entrée dans la Terre Promise :

Comme il n'y avait pas d'eau pour la communauté, ils se rassemblèrent contre Moïse et Aaron. Le peuple chercha querelle à Moïse, en disant : « Ah ! si seulement nous avions expiré, quand nos frères ont expiré devant le Seigneur ! Pourquoi avoir amené l'assemblée du Seigneur dans ce désert où nous allons mourir, nous et nos bêtes ? Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte, et nous avoir amenés dans ce lieu de malheur ? ...

Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : « Prends ton bâton de chef et, avec ton frère Aaron, rassemble la communauté. Puis, sous leurs yeux, vous parlerez au rocher, et il donnera son eau. Pour eux tu feras jaillir l'eau du rocher, et tu feras boire la communauté et ses bêtes. »

Moïse prit le bâton qui était placé devant le Seigneur. Moïse et Aaron réunirent l'assemblée en face du rocher, et Moïse leur dit : « Écoutez donc, rebelles. Est-ce que nous pouvons faire jaillir de l'eau pour vous de ce rocher ? » Moïse leva la main et, de son bâton, il frappa le rocher par deux fois : l'eau jaillit en abondance, et la communauté put boire et abreuver ses bêtes.

Le Seigneur dit alors à Moïse et à son frère Aaron : « Puisque vous n'avez pas eu assez de foi pour manifester ma sainteté devant les fils d'Israël, vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que je lui donne. »

Nombres 20: 2-14

Beaucoup se sont demandé quelle pouvait être la nature exacte du péché de Moïse et pourquoi la punition en fut si sévère. L'Ecriture avance quelques explications sur la nature du péché de Moïse :

  1. Moïse a péché en ne suivant pas l'instruction du Seigneur : Le Seigneur a ordonné à Moïse de saisir son bâton et de demander au rocher de sortir l'eau qu'il renferme. Le Seigneur lui a demandé ainsi qu'à son frère Aaron de parler au rocher, mais au lieu de cela, Moïse le frappa — par deux fois. Le fait de frapper le rocher, bien que cet ordre ne fut pas donné à Moïse selon le passage du livre des Nombres, ne semble pas être une erreur particulièrement évidente parce que dans une autre description de cet événement (voir Exode 17: 6), Dieu ordonne bien à Moïse de le frapper. Du coup, cette explication n'éclaire pas le fond du problème. Les Pères de l'Église (tel que Saint Jérôme) n'y voyaient pas un péché, donnant même à ce double coup asséné au rocher un sens mystique, comme étant le signe des deux barres de la croix.
  2. Moïse s'est donné un air fier, ce qui pourrait lui avoir été imputé comme péché : Moïse, après avoir assemblé les gens, les a vilipendés en disant: « Écoutez donc, rebelles. » Dans un possible accès d'orgueil, il poursuit par ces mots : « Est-ce que nous pouvons faire jaillir de l'eau pour vous de ce rocher ? » Ce n'est pas Moïse ou Aaron qui font sortir l'eau ; c'est Dieu. Certains des Pères de l'Église ont interprété cela non pas comme une marque d'orgueil de la part de Moïse, mais plutôt comme une indication de sa foi hésitante.
  3. Moïse a péché en parlant durement et imprudemment : le psaume 105 (106) semble favoriser cette interprétation :

Ils provoquent Dieu aux eaux de Mériba, ils amènent le malheur sur Moïse ; comme ils aigrirent son esprit, ses lèvres parlèrent à la légère.

Psaume 105 (106) : 32-33

Cette troisième explication nous ramène au coeur de notre réflexion : cette récrimination cause d'énormes dommages, non seulement à ceux qui se plaignent mais aussi aux autres, car elle sème des graines de négativité et peut susciter l'amertume et la colère. Moïse était épuisé. Comme le dit le Psaume 105 (106), son esprit devint aigri. Il a parlé de façon imprudente et a traité durement le peuple ; il a sans doute cédé à la colère et à l'orgueil.

Que Dieu l'ait puni si sévèrement nous est bien mystérieux. Basile de Césarée s'en est servi comme leçon de choses pour nous tous : « Si le juste ne se sauve qu'à peine, qu'adviendra-t-il de l'impie et du pécheur » (Préface du Jugement de Dieu ; 1 Pierre 4 : 18)

Toujours est-il, voici ce que produit la grogne. C'est une chose amère qui rend les autres amers. Soyez très prudents, chers frères chrétiens ; nous pouvons tous avoir cette vilaine tendance à attirer les autres dans notre colère, nos doutes, notre insatisfaction et nos peurs. Le pessimisme est contagieux. Partager ses inquiétudes avec un ami est bon et nécessaire, mais se répandre en plaintes, récriminer, et murmurer peut provoquer la peur chez les autres, ainsi que le doute, le désespoir, la colère et l'amertume. Des récriminations trop généreuses dépriment tout le monde et apporte généralement plus de chaleur que de lumière.

Les critiques et reproches semblent être devenus monnaie courante de nos jours. Dans notre aisance occidentale, nous exigeons et estimons souvent comme un dû le confort et la perfection. Cela nous conduit rapidement à nous lamenter et à nous plaindre. Nous sommes très difficiles et voulons que les choses soient résolues dans les plus brefs délais et qu'aucune exigence ne nous soit imposée de la part d'autrui.

Les jérémiades constantes ont fini par exténuer Moïse. Ayez conscience de l'effet néfaste que les récriminations ont sur les autres. Pratiquez la gratitude, un important antidote contre le poison répandu par nos lamentations.

Mgr Charles Pope

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