Leurs récriminations dans le désert ont beaucoup à nous apprendre (Leçon n°2)


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Publié le dimanche 25 mars 2018

Auteur / source : Mgr Charles Pope

Catégorie : Encouragement spirituel

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Nous avons réfléchi hier à la façon dont le peuple juif, bien qu'ayant été témoin des signes et prodiges lors de l'épisode des plaies en Egypte, n'a pas réussi à croire à la promesse de Dieu ni à l'invoquer avec confiance quand ils ont vu l'armée égyptienne se lancer à leur poursuite. Aujourd'hui, nous allons réfléchir sur la raison pour laquelle ils ont récriminé par rapport à la nourriture que Dieu leur a procurée pour leur subsistance.

Par Mgr Charles Pope • 19 mars 2018 • Titre original « The Grumblings in the Wilderness Have Much to Teach Us (Lesson Two) »

Leçon 2 : Ils ont méprisé jusqu'à la nourriture du salut

Le mot hébreu souvent traduit par le verbe récriminer ou se plaindre est lō·nū ou liyn. Ce mot signifie en tout premier lieu « s'arrêter » (habituellement pour passer la nuit). Plus précisément, cela signifie abuser de l'hospitalité d'un hôte ou épuiser celui-ci en nous plaignant (toute la nuit) de la qualité de l'accueil qu'il nous fait. Cela veut dire être obstiné et exigeant, tel un invité ingrat qui estime avoir des droits et qui se plaint du logement qu'on lui a offert gratuitement. Tout ce que l'hôte a généreusement fourni n'est jamais suffisant ; la nourriture ne nous sied pas, la chambre ne nous satisfait pas. L'image qu'il nous faut nous représenter est celle d'un invité grincheux qui abuse de l'hospitalité de son hôte avec de continuelles doléances.

Nous voyons cela particulièrement dans les récriminations sur lesquelles nous allons nous concentrer aujourd'hui. Les anciens Juifs venaient d'être libérés par Dieu de la manière la plus incroyable qui soit. Dieu avait séparé la mer Rouge en deux et avait fait passer son peuple à travers les eaux qui formèrent une muraille à leur droite et à leur gauche. Aux dernières heures de la nuit, le Seigneur observa, depuis la colonne de feu et de nuée, l'armée des Égyptiens, et Il les frappa de panique lorsque les eaux revinrent sur eux (voir Exode 14). La victoire complète et la libération leur furent accordées ! Alors Moïse et les fils d'Israël chantèrent un cantique au Seigneur. On pourrait penser qu'ils n'auront jamais plus douté de Dieu.

Au bout de trois jours, cependant, ils semblent avoir tout oublié. Les voilà qui fatiguent à nouveau Moïse avec leurs récriminations : Où est notre eau ? Où est notre nourriture ? Dieu peut-Il nous nourrir dans ce désert ? Nous as-tu menés jusqu'ici pour nous faire périr ? Nous n'aimons pas cette nourriture.

Dieu aussi est « usé » par leurs plaintes et « affligé » par leur manque de foi.

Ce n'est pas simplement un blâme adressé à l'ancien peuple juif. Nous agissons encore ainsi fréquemment de nos jours, en particulier ceux d'entre nous qui vivent dans les sociétés aisées d'Occident. Il est difficile de prétendre que Dieu ne nous a pas comblés de bénédictions avec cette incroyable abondance et ce confort. Au lieu d'être profondément reconnaissants et confiants, cependant, nous pouvons nous emporter et céder à la peur et au mécontentement, souvent au sujet des choses les plus insignifiantes. Nos problèmes sont souvent ceux du « premier monde » dans lequel nous vivons : mon téléphone portable est tombé en panne, mes impôts sont trop élevés, j'ai du mal à payer la facture de ma carte de crédit. Nous souffrons, et certaines de nos peines peuvent être écrasantes, mais Dieu ne nous a-t-Il pas toujours et abondamment bénis ? Pourtant, nous qui avons reçu le plus sommes souvent les moins reconnaissants, les plus rapides à nous plaindre ; nous sommes souvent craintifs et inquiets.

Analysons plus en détails certaines des doléances des anciens Juifs afin d'en apprendre plus sur les nôtres. Nous commençons seulement trois jours après le miracle de la mer Rouge :

Moïse fit partir les fils d'Israël de la mer des Roseaux, et ils sortirent en direction du désert de Shour. Ils marchèrent trois jours à travers le désert sans trouver d'eau. Ils arrivèrent à Mara mais ne purent boire l'eau de Mara car elle était amère ; d'où son nom de « Mara ». Et le peuple récrimina contre Moïse en disant : « Que boirons-nous ? » Alors Moïse cria vers le Seigneur, et le Seigneur lui montra un morceau de bois. Moïse le jeta dans l'eau, et l'eau devint douce.

Exode 15: 22-25

A peine trois jours après le miracle des miracles, ils doutent. Pris de peur, ils se plaignent. Pourquoi ont-ils peur ? Ils ont vu comment Dieu les a délivrés, mais cependant ils doutent.

Au lieu d'élever des supplications confiantes, ils récriminèrent contre Lui. C'est une chose de dire : « Seigneur, nous Te faisons confiance. Tu nous as bénis par le passé, aussi nous t'invoquons avec confiance, sachant que Tu nous entendras. » Mais le texte dit qu'ils ont récriminé. En d'autres termes, ils furent agressifs, ils doutèrent et se montrèrent exigeants.

Le Livre de Saint Jacques dit : « Vous n'obtenez rien parce que vous ne demandez pas » (Jacques 4: 2). Il ne dit pas : « Vous n'obtenez pas, alors allez-y, récriminez, doutez, et plaignez-vous comme des hôtes odieux, présomptueux et exigeants. » Non, invoquez Dieu, qui vous aime et qui a montré Sa sollicitude à de multiples reprises. Demandez-Lui ce dont vous avez besoin, avec confiance et humilité.

Ensuite, en ce qui concerne la nourriture, ils tombent encore plus bas. Rappelez-vous qu'ils ont reçu une nourriture miraculeuse pour les soutenir. Dans leur manque persistant de foi, ils ont récriminé contre Moïse et le Seigneur. L'Écriture rapporte ceci :

Toute la communauté des fils d'Israël partit d'Élim et atteignit le désert de Sine, entre Élim et le Sinaï, le quinzième jour du deuxième mois après sa sortie du pays d'Égypte. Dans le désert, toute la communauté des fils d'Israël récriminait contre Moïse et Aaron. Les fils d'Israël leur dirent : « Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d'Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! »

Exode 16: 1-3

Que pouvons-nous dire de plus sur leur manque de confiance ? Ils refusent obstinément de croire que Dieu, qui les a sauvés, subviendra à leurs besoins. Mais Dieu, qui est infiniment miséricordieux, ne les abandonne pas ni ne les rejette :

Lorsque la couche de rosée s'évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol. Quand ils virent cela, les fils d'Israël se dirent l'un à l'autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu'est-ce que c'est ?), car ils ne savaient pas ce que c'était. Moïse leur dit : « C'est le pain que le Seigneur vous donne à manger. Voici ce que le Seigneur a ordonné : Recueillez-en autant que chacun peut en manger : une mesure par personne. Chacun de vous en prendra selon le nombre d'habitants de sa tente. » Les fils d'Israël firent ainsi : certains en recueillirent beaucoup, d'autres peu. Celui qui en avait ramassé beaucoup n'eut rien de trop ; celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien. Ainsi, chacun en avait recueilli autant qu'il pouvait en manger. Moïse leur dit encore : « Que personne n'en garde jusqu'au matin ! » Ils n'écoutèrent pas Moïse et certains en gardèrent jusqu'au matin. Mais le surplus fut infesté de vers et se mit à sentir mauvais. Alors Moïse s'irrita contre eux. Matin après matin, ils en recueillaient autant que chacun pouvait en manger. À la chaleur du soleil, tout était fondu. … Les fils d'Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu'à leur arrivée en pays habité ; ils mangèrent de la manne jusqu'à leur arrivée aux confins du pays de Canaan.

Ex 16 : 14 et suivants

Voyez cette nourriture miraculeuse venue du Ciel. Ils lui donnèrent le nom de "manne", ce qui ne veut pas dire « pain » mais plutôt « qu'est-ce que c'est ? ». Ce nom témoigne de son caractère mystérieux. On l'appelait aussi le « Pain du Ciel » et le « Pain des Anges ». Le fait est que ce fut miraculeux. C'est comme du pain. Il peut être pétri et cuit comme du pain, mais ce n'est pas du pain, c'est quelque chose de plus. Il préfigure l'Eucharistie. Sans ce pain, ils périront. Grâce à lui, ils seront soutenus jusqu'à leur arrivée dans la Terre Promise. Il en est de même pour nous vis-à-vis de l'Eucharistie !

Pourtant, malgré ce miracle, ils se montrèrent mécontents. Ils méprisèrent cette nourriture que Dieu avait choisie pour les sauver. Ils préférèrent la nourriture charnelle des esclaves à la nourriture [spirituelle] des enfants de Dieu ! Le texte dit,

Il y avait un ramassis de gens qui était mêlé au peuple ; ceux-ci furent saisis de convoitise. Même les fils d'Israël se remirent à pleurer : « Ah ! qui donc nous donnera de la viande à manger ? Nous nous rappelons encore le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, et les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l'ail ! Maintenant notre gorge est desséchée ; nous ne voyons jamais rien que de la manne ! »

Nombres 11: 4 - 6

C'est là une insulte terrible et un rejet du grand don de Dieu, le Pain Céleste. Lui seul peut les soutenir dans leur marche à travers le désert jusqu'à la Terre Promise. Ils préfèrent le plaisir de leurs palais à ce que leur âme réclame. Ils veulent de la bonne nourriture, non pas une nourriture saine pour leur âme. Ils préfèrent des melons, poireaux, concombres et du ragoût à ce qui est nécessaire et est le plus à même de les soutenir. Ils désireront même retrouver leur état d'esclave pour pouvoir satisfaire leurs appérits. Ils abandonneront la liberté des Enfants de Dieu, échangeront leur droit d'aînesse contre un vulgaire potage.

J'ai écrit davantage à ce sujet ici : « Que préférez-vous, des melons et des poireaux ou le pain du Ciel ? » Pour résumer, cela ne ressemble-t-il pas tristement aux nombreux catholiques qui abandonnent le Pain de Vie de l'Eucharistie pour se précipiter vers d'autres cultes avec leur chaire en plexiglas, devant laquelle trône une plante en pot, un prédicateur charismatique et un groupe de rock chrétien contemporain ? Certes, nous devrions nous efforcer de rendre notre prédication plus édifiante et notre liturgie mieux comprise, mais rien – rien – n'est plus précieux que le Pain descendu du Ciel, le Christ en personne, qui se présente à nous sous une espèce des plus humbles et "insignifiantes".

Trop de nos contemporains disent aujourd'hui : « Ce qu'on me donne à manger n'est pas à mon goût. Cela ne me distrait pas. Je ne trouve pas nourrissante ni appropriée la liturgie qui avait soutenu nos ancêtres. » En d'autres termes, « je veux les melons et les poireaux de la culture populaire. Eloignez de ma vue cette manne misérable. »

Dieu était si irrité de ce rejet et des récriminations au sujet de la manne qu'Il leur envoya des châtiments :

Mais en chemin, le peuple perdit courage. Il récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n'y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! » Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d'Israël. Le peuple vint vers Moïse et dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu'il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple.

Nombres 21: 4 - 6

Prêtez l'oreille, chers frères et soeurs catholiques. Cela déplaît à Dieu de nous entendre lui réclamer une manne qui soit plus agréable à nos palais. Il n'accepte pas nos exigences selon lesquelles la liturgie devrait se plier davantage aux normes modernes de divertissement. La nourriture qui nous est la plus nécessaire n'est pas celle qui se contente de satisfaire notre palais ; c'est celle dont nos âmes ont le plus besoin. Les meilleurs médicaments sont, parfois, difficiles à avaler, mais ils sont ce qui nous convient le mieux, car ils sont la médecine de Dieu.

Écoutons-nous ? Ces récriminations d'autrefois sont trop facilement les nôtres ! Laissez Dieu vous nourrir de la manière qu'Il juge appropriée. Ce n'est pas à vous, le patient, de dire au médecin : « Voici le médicament qui me plaît. » Prenez le médicament qui vous est offert. Reconnaissez que le Docteur en sait plus que vous.

A force de récriminer nous finissons par trébucher et par chuter sottement. Prenez la manne ; prenez votre médicament. S'il vous paraît ordinaire, tant mieux ; c'est de façon humble que Dieu travaille pour nous sauver.

Arrêtez de vous plaindre. Cessez de vous obstiner. Soumettez-vous à Dieu et Il vous sauvera, mais cela se fera selon ses conditions et non les vôtres.

Nous verrons demain comment nos récriminations peuvent nous coûter jusqu'à la terre promise du Ciel !

Mgr Charles Pope

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