Le cheminement de Marie-Madeleine vers la foi en la Résurrection


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Publié le dimanche 8 avril 2018

Auteur / source : Mgr Charles Pope

Catégorie : Discours, sermons & homélies

Nombre de consultations : 441

Tous les récits sur la résurrection dépeignent les Apôtres et disciples de Jésus dans une espèce de voyage vers une compréhension plus profonde du mystère de la résurrection. Une réalité complètement nouvelle faisait irruption dans leur monde et défiait leur intelligence. Loin de représenter les disciples comme crédules, les textes les décrivent comme choqués, troublés et même carrément soupçonneux. Ce n'étaient pas des hommes et des femmes enclins à la naïveté ou du genre à s'inventer des histoires pour apaiser leur chagrin. Ils sont stupéfaits par une nouvelle réalité et luttent intérieurement pour appréhender quelque chose qu'ils ne comprennent pas vraiment.

Par Mgr Charles Pope • 4 avril 2018 • Titre original « The Journey of Marie Magdalene to Resurrection Faith »

Un bel exemple de cheminement vers la foi en la résurrection est celui de Marie-Madeleine, qui commence son pèlerinage avec l'intention de finaliser les rituels funéraires sur le corps de Jésus, et finit par reconnaître qu'elle a vu "le Seigneur" ressuscité. Examinons son cheminement tel que décrit dans l'Évangile de Jean, et voyons ce qu'il a à nous apprendre au sujet de notre propre parcours de foi.

En guise d'arrière-plan, rappelez-vous que Marie s'était rendue de grand matin au tombeau – « c'était encore les ténèbres » –, et qu'elle avait retrouvé la pierre déplacée et le tombeau vide. Elle courut chercher Pierre et Jean, qui allèrent alors voir de leurs propres yeux ce qu'il en était. Bien qu'il soit dit que Jean cru, il n'y eut aucune conclusion rapportée de leur découverte. Pierre et Jean s'en vont et Marie-Madeleine reste seule au tombeau, du moins temporairement (car nous savons d'après d'autres évangiles que d'autres femmes étaient à proximité). Voici où le récit reprend :

Ensuite, les disciples retournèrent chez eux. Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l'un à la tête et l'autre aux pieds, à l'endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l'a déposé. » Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c'était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as déposé, et moi, j'irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S'étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c'est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s'en va donc annoncer aux disciples : « J'ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu'il lui avait dit.

Jean 20: 10-18

On voit dans ce passage que Marie-Madeleine chemine de la peur à la foi. Examinons son parcours.

I. Elle est morte d'inquiétude

Marie Madeleine est à la recherche d'un cadavre. Elle était sortie ce matin-là au tombeau dans un seul but : terminer le rituel d'ensevelissement du corps de Jésus selon la coutume juive. Son corps avait été placé dans le tombeau à la hâte le vendredi soir, car le soleil était presque couché et la fête de la Pâque était proche. Maintenant la Pâque et le Sabbat étaient terminés ; il était temps d'aller embaumer le corps de Jésus.

Le vendredi, Marie subit un traumatisme immense, voyant son Jésus bien-aimé, son Messie, brutalement torturé et crucifié. Il semblait que les choses pouvaient difficilement être pires, cependant elles le furent. Il semblerait, d'après elle, que des pilleurs avaient pénétré dans le tombeau et volé le corps. Bizarrement, ils avaient laissé les linges coûteux derrière eux. Mais peu importe, les choses s'avéraient être un désastre total. A présent, il ne lui était même plus possible de faire une dernière gentillesse pour Jésus.

Morte d'inquiétude, Marie ne parvient pas à analyser correctement les informations à sa disposition. Jésus avait promis de ressusciter des morts, le troisième jour, et c'était le troisième jour. Le tombeau vide ne signifie pas que des voleurs de tombes sont passés par là ; cela manifeste la résurrection ! Cependant, torturée par la peur et le chagrin, Marie ne tire que les conclusions les plus négatives.

Ceci, bien sûr, est propre à notre condition humaine. Beaucoup d'entre nous, à cause de la peur et peut-être d'anciens traumatismes, avons tendance à donner les interprétations les plus négatives aux événements de notre quotidien. Nous sommes prompts à lire les mauvaises nouvelles, et nous ignorons les informations positives trop facilement, ou remarquons à peine que la plupart de nos journées se déroulent positivement. Au lieu de cela, nous nous concentrons sur les rares choses qui vont mal. Si facilement nous sommes négatifs et oublions que même lors des transitions douloureuses, lorsque certaines portes se ferment, d'autres s'ouvrent. De nouvelles possibilités apparaissent souvent, même en de douloureuses circonstances.

Marie est sur le point de découvrir quelque chose d'étonnamment nouveau, mais pour l'instant, son chagrin l'enferme dans les interprétations les plus noires.

- Il lui vient, de la part des anges, une sorte de question rhétorique : « Pourquoi pleures-tu ? » Une question rhétorique est en réalité une affirmation se présentant sous la forme d'une question. Elle a pour but de provoquer la réflexion et de faire un reproche, ou du moins d'inviter à reconsidérer les choses. Ces anges, semble-t-il, l'invitent à se rappeler que c'est le troisième jour et que Jésus avait promis de ressusciter. Par conséquent, pourquoi pleurer sur un tombeau vide ? Jésus, qui en avait ressuscité d'autres avant lui, qui avait redonné la vue à des aveugles, apaisé des tempêtes, et guéri des lépreux, avait dit qu'Il ressusciterait le troisième jour. Pourquoi pleurer sur un tombeau vide ? Au contraire, elle devrait se réjouir !

- Dans son chagrin, Marie n'accepte pas de reconsidérer les choses. Elle déclare un peu plus loin à Jésus (qu'elle prend pour un jardinier) : « Si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as déposé, et moi, j'irai le prendre. »

Le chagrin provoque cela. Il nous empêche d'envisager d'autres possibilités, d'autres interprétations. Si facilement nous transformons des événements en catastrophes dans notre esprit ; nous envisageons le pire. Marie est au bord du désespoir, enfermée dans une inquiétude épouvantable et un chagrin colossal.

II. Elle ne reconnaît pas Jésus

Le texte dit « elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c'était Jésus. » Jésus lui parle : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Marie pensait que c'était le jardinier et continuait à parler de Jésus comme d'un cadavre qui avait disparu.

Pourquoi ne le reconnaît-elle pas ? A-t-il changé d'apparence ? Ou peut-être ses yeux étaient-ils inondés de larmes et ne pouvait-elle pas voir clairement. Nous ne pouvons dire, mais quoi qu'il en soit, elle regarde droit vers Jésus mais ne Le reconnaît pas.

C'est bien souvent aussi notre propre condition. Le Seigneur est plus présent à nous que nous ne le sommes à nous-mêmes ; Il est plus présent que n'importe qui ou n'importe quoi en ce monde. Pourtant, nous semblons voir tout et tout le monde sauf Lui. C'est notre aveuglement spirituel. Nous devons faire un cheminement de foi pour apprendre à Le voir. Nous devons vivre de la véritable vie chrétienne, qui consiste à être dans une relation vivante et consciente avec Jésus à chaque moment de la journée. Le soleil cesse-t-il d'être présent simplement parce que l'aveugle ne peut pas le voir ? Bien sûr que non. Pas plus que le Seigneur ne cesse d'être présent à nous simplement parce que nous ne pouvons pas Le voir. Nous devons avancer sur ce chemin de foi les yeux grands ouverts, les yeux de la foi, afin de reconnaître la présence de Dieu autour de nous.

III. Sa foi naissante

L'un des paradoxes de notre foi est que nous avons besoin d'entendre pour pouvoir croire. En effet, l'Écriture nous dit que la foi naît de ce que l'on entend (Rm 10: 17) ; la foi est une façon de voir et de connaître ce que nous entendons.

Jésus s'adresse à Marie par son prénom. C'est seulement alors que sa foi s'anime ; ses yeux s'ouvrent et elle reconnaît Jésus.

Nous, aussi, devons permettre au Seigneur de nous parler à travers Sa Parole, afin que nous puissions apprendre à Le connaître et à le voir avec les yeux de notre foi, non pas ceux de notre corps.

Cependant, la foi de Marie n'est qu'une foi naissante. Elle doit encore mûrir, comme nous le verrons au point suivant.

IV. Il lui faut prendre du recul

Ayant appris à reconnaître le Seigneur Jésus, Marie veut dans un premier temps Le couvrir de baisers, s'agripper à Lui. Son excès n'est pas seulement physique, mais témoigne d'une sorte d'attachement au passé. S'il est vrai qu'à ses yeux, le corps de Jésus est ressuscité et restauré, l'humanité qui a été ressuscitée est une humanité glorifiée. Il y a quelque chose de nouveau que Marie ne pourra découvrir qu'en prenant de la distance.

A. Statu quo ante - Ainsi Jésus lui dit : « Ne me retiens pas. » C'est-à-dire, « ne t'accroche pas à moi ». Le geste de Marie d'embrasser le Seigneur et la réaction de Jésus suggèrent que quelque chose a changé, quelque chose que Marie n'a pas encore complètement compris. Elle s'accroche à Celui qu'elle avait connu. C'est comme si on disait : « Jésus, c'est toi ! Reprenons où nous en étions avant la crucifixion. » Elle s'imagine avoir devant elle Jésus de Nazareth comme il était avant sa mort, mais elle doit aussi voir maintenant le Seigneur de gloire. Sa gloire a fait suite à Sa crucifixion. C'est pourquoi Jésus parle ensuite du fait qu'Il doit monter vers le Père.

Nous, aussi, devons apprendre à acquérir une compréhension plus profonde de Jésus au cours de notre pèlerinage. Ou pour le dire autrement, nous devons faire mûrir la façon dont nous percevons le Seigneur. L'Écriture dit ailleurs,

Désormais nous ne regardons plus personne d'une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Si donc quelqu'un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s'en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c'est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n'a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation.

2 Co 5 : 16-19

B. Exhortations - Jésus donne alors à Marie l'exhortation suivante : « Va trouver mes frères. » Notez que c'est la première fois qu'Il appelle les Apôtres "ses frères". Il semblerait qu'il ait fallu qu'il passe par sa passion, sa mort et sa résurrection avant d'être en mesure de prononcer ces mots. L'Écriture dit,

1. Je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le Seigneur, glorifiez-le, vous tous, fils de Jacob, vous tous, redoutez-le, fils d'Israël.

Psaume 21 (22) : 22-23

2. Ceux que, d'avance, il connaissait, il les a aussi destinés d'avance à être configurés à l'image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d'une multitude de frères.

Romains 8: 29

3. Celui pour qui et par qui tout existe voulait conduire une multitude de fils jusqu'à la gloire ; c'est pourquoi il convenait qu'il mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l'origine de leur salut. Car celui qui sanctifie, et ceux qui sont sanctifiés, doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n'a pas honte de les appeler ses frères, quand il dit : Je proclamerai ton nom devant mes frères, je te chanterai en pleine assemblée, et encore : Moi, je mettrai ma confiance en lui, et encore : Me voici, moi et les enfants que Dieu m'a donnés.

Heb 2 : 10-13

Jésus demande encore à Marie d'aller leur annoncer que « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

V. Plénitude de la foi

A cette dernière étape, Marie fait un pas important dans son cheminement. Elle parvient à une foi plus vivante basée sur cette interaction avec le Ressuscité. Comment ? Quand elle se rend chez les apôtres, elle leur dit : « J'ai vu le Seigneur ! » Elle ne dit pas simplement : « J'ai vu Jésus ! » Elle l'appelle « le Seigneur. » Il est vrai que le mot « Seigneur » pourrait simplement être un terme de respect comme « Monsieur, » mais il semble y avoir un changement dans la compréhension de Marie. Elle utilisait au début le terme « Seigneur » pour désigner un cadavre qui avait été enlevé et placé ailleurs, tandis qu'à présent elle dit simplement et avec autorité : « J'ai vu le Seigneur ! » C'est-à-dire : « J'ai vu Jésus, qui est Seigneur et qui est Dieu. Il est ressuscité et monte vers son Père, et Il m'a confié une parole d'autorité absolue. » Voilà la foi en la résurrection : voir la gloire de Jésus et comprendre qu'Il est le Seigneur de gloire et le Verbe de Dieu.

Voici la vraie foi de Pâques. Qui ne consiste pas seulement à voir un cadavre revenir à la vie, mais aussi à pouvoir voir qui Il est réellement : "le Seigneur" (ton Kyrion). Jésus est le Seigneur et est ressuscité d'entre les morts. L'Écriture dit ailleurs,

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a exalté : il l'a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Phil 2: 5

Marie-Madeleine a cheminé de la peur à la foi. Elle commença son voyage en cherchant un cadavre dans le but de l'embaumer. Elle le termina en faisant la déclaration pascale suivante : « J'ai vu le Seigneur ! » C'est vraiment Jésus qui est ressuscité avec le même corps. Mais un corps glorifié, qui témoigne de la splendeur de Sa gloire en tant que Fils éternel de Dieu et Fils de l'Homme. Parvenir à la foi de Pâques, ce n'est pas seulement voir Jésus de Nazareth ressuscité d'entre les morts, mais bien plus, cela signifie comprendre qu'Il est le Seigneur de Gloire.

Marie a fait ce voyage. Et vous ?

Mgr Charles Pope

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