La grande apostasie - Partie II - par Michael O'Brien


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Publié le dimanche 10 juin 2018

Catégorie : Eschatologie, fin des temps

Nombre de consultations : 254

Le Catéchisme de l'Église catholique définit l'hérésie comme une « négation obstinée, après la réception du baptême, d'une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité. L'apostasie est le rejet total de la foi chrétienne. » [1]

Source : StudiObrien, titre original : « The Great Apostasy - Part II »

Traduction inédite Pierre et les Loups

Pour lire la première partie : « La grande apostasie - Partie I »

Le nouveau pharisaïsme

Ne nous y trompons pas : l'apostasie croissante à notre époque n'a été provoquée qu'en partie par le pouvoir sans précédent des forces laïques dirigées contre nous. Sa cause première doit être cherchée dans les hérésies qui se sont répandues parmi nous, une nouvelle forme de pharisaïsme qui viderait la foi de sa force et de sa substance, créant un terreau psychologique / spirituel dans lequel l'esprit de l'Anti-Christ serait en mesure de contrôler de façon croissante les perceptions, les pensées et la vie émotionnelle des hommes. C'est ce qui permet à présent au véritable "Homme du péché", l'Antéchrist en personne, de paraître.

Le problème dominant dans l'Église d'Occident en cette période de l'histoire est celui d'un pharisaïsme lié à une théologie morale corrompue et à une ecclésiologie désordonnée, par laquelle de faux enseignants font croire aux gens qu'ils sont justes, même s'ils commettent des péchés d'ordre moral et sexuel, ou enseignent que de tels péchés ne sont pas graves et ne constituent pas un obstacle à la réception des sacrements. Ils s'auto-justifient par leur croyance en un nouvel évangile de justice sociale — et il s'agit d'une justice sociale très sélective — réduisant la plénitude des Évangiles à un faux choix entre deux options qui s'excluent mutuellement : vous êtes soit un dissident libéral ("aimant, compatissant") ou vous êtes un pharisien (un "légaliste endurci"). Ils sont en paix avec leurs péchés personnels parce qu'ils pensent accomplir les impératifs de l'Évangile en aidant les pauvres. Et chaque fois que leurs propres hypocrisies et compromissions avec le péché personnel et l'erreur sont remises en question, ils tirent simplement sur le messager, pointant du doigt quiconque ose s'opposer à leur agenda, diabolisant la voix de la vérité en comparant superficiellement leur interlocuteur aux pharisiens légalistes des Évangiles. Le fait est que le pharisien du XXIe siècle néglige non seulement les « matières les plus graves », mais il les attaque souvent activement et, dans le pire des cas, contribue à la mort de l'innocent. Il le fait — Ô cruelle ironie — en invoquant la miséricorde. (cf. L'Anti-Miséricorde - par Mark Mallett)

Ainsi, dans la confusion croissante dans laquelle nous sommes tous immergés, il est nécessaire de réfléchir sobrement sur ce que, précisément, Jésus repprochait aux pharisiens de son temps. Les passages pertinents se trouvent en Matthieu 23: 1-39 ; Marc 7: 1-13 ; Marc 12: 35-40 ; Luc 11: 37-54 ; Luc 20: 45-47 (voir aussi Jean 9: 1-41).

Dans chacun d'eux, le Christ repproche principalement aux pharisiens leur hypocrisie — leur apparence extérieure de vertu, leur corruption intérieure, leur cupidité et leurs mauvaises pensées. (Mt 23: 27-28, Luc 12: 1). Ils imposent de lourds fardeaux aux hommes tout en négligeant les questions plus importantes relatives à la totale fidélité envers Dieu. Ces paroles dures de Jésus ne peuvent être correctement comprises que dans leur contexte propre :

Un scribe qui avait entendu la discussion, et remarqué que Jésus avait bien répondu, s'avança pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

Marc 12: 28-31

Jésus enseigne clairement que le véritable amour du prochain est fondé sur la totale fidélité aux commandements divins. En omettant ce contexte, la prétendue justice du pharisien de l'époque dégénère en un légalisme sans amour. De même, sans ce contexte, la prétendue compassion du nouveau pharisien tend à dégénérer en un sentiment superficiel, en complaisance envers soi-même et en arrogance. Si l'amour n'est pas fondé sur la fidélité totale aux commandements de Dieu, il est bientôt amputé, ce qui favorise une sympathie à court terme qui génère tôt ou tard les plus grandes cruautés. En Marc 7: 1-13, Jésus réprimande les pharisiens pour leur mépris des commandements de Dieu, tandis qu'ils ergotent sur les détails d'origine humaine de leurs lois et traditions ; par exemple, la permission qu'ils accordent à une personne de négliger les besoins élémentaires de ses parents âgés pour pouvoir faire une offrande au Temple. En Matthieu 23: 15, Jésus dit qu'ils font de leurs prosélytes des hommes dignes de l'Enfer, deux fois pires qu'eux. En Luc 17: 3-4, il dit : « Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et, s'il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras. » En Jean 8: 2-11, où Jésus rencontre la femme adultère, les pharisiens s'apprêtaient à la condamner et la lapider à mort. Après que Jésus ait humilié leurs consciences et dévoilé leurs mauvaises intentions, il dit à la femme : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Dans ces exemples et bien d'autres du Nouveau Testament, s'appuyant sur l'Ancien Testament, Jésus n'hésite pas à réprimander les pécheurs, les appelant encore et encore à la repentance, car il savait que la repentance est la condition préalable pour accueillir la miséricorde, qui nous libère de l'esclavage du pécher. C'est la vérité qui nous rendra libres, dit le Seigneur.

Les pharisiens de l'époque étaient très préoccupés par les menus traits de la Loi et de leur observance. Ils étaient prompts à juger les faibles et à condamner tous ceux qui ne satisfaisaient pas à leurs normes rigoureuses. Ils faisaient habituellement preuve de peu de compassion, et manquaient de miséricorde. De plus, ils étaient qualifiés de « sépulcres blanchis » parce qu'ils enseignaient la loi de Moïse dans ses moindres détails, mais étaient corrompus intérieurement. Et le fruit de leur aveuglement fut au final manifeste quand ils complotèrent la torture et l'exécution de l'Auteur de la Vie.

De nos jours, il est indéniable que les vestiges de l'ancien pharisaïsme demeurent parmi les croyants. Les images stéréotypées nous viennent instantanément à l'esprit, lesquelles sont le résultat d'un refrain qui ne cesse d'être fredonné dans les églises libéralisées du monde occidental depuis deux, voire peut-être trois, générations. Il proclame que le seul véritable péché grave est « l'intolérance », ce qui signifie rendre les gens mal à l'aise vis-à-vis d'eux-mêmes. Elle s'accompagne de la calomnie sans fin de ceux qui demeurent fidèles à la doctrine et la liturgie, mais qui sont soi-disant ternes intérieurement.

Il va sans dire que les pasteurs et les laïcs qui sont fidèles à la doctrine et la liturgie mais qui manquent de charité et de zèle missionnaire authentique courent le risque du « levain des pharisiens ». Cependant, tout chrétien sincère est vigilant quant au pharisien qui sommeille en lui, tout comme il lutte contre les tentations et le péché. Il sait que sans la grâce de Jésus, il serait à la fois le frère aîné dans la parabole du Fils prodigue et le frère cadet.

Le Seigneur ne nous dit-il pas d'une part à tous, si nous acceptons de l'entendre : « Prenez garde, mes enfants, au péril auquel était confronté le « fils aîné » dans la parabole du Fils prodigue, car vous courez le risque de succomber au pharisaïsme. » ?

Et dans un second temps ne crie-t-il pas à chacune de nos âmes : « Repentez-vous de vos péchés ! Venez à moi et vivez ! » (Isaïe 55: 3-5, Ézéchiel 33: 11, Jean 14: 6) ?

Silence et paralysie

Les catholiques d'Amérique du Nord et d'Europe occidentale vivent dans des églises proches de la schizoïdie qui donnent généralement la première exhortation (l'enseignement du devoir de compassion) mais pas la seconde (l'enseignement de la vérité et l'appel à la repentance). Un très grand nombre de diocèses, de paroisses et d'ordres religieux promeuvent de fausses divisions dans l'esprit et le coeur, affirmant que la vérité et la miséricorde sont en conflit l'une avec l'autre, que la justice et la miséricorde sont des concepts relatifs en mouvement libre déracinés de leur fondement, de Celui qui est la Justice et la Miséricorde mêmes, que la doctrine et la pratique pastorale n'ont pas besoin d'être cohérentes, et considèrent l'exercice authentique de l'autorité spirituelle comme de l'autoritarisme (lire La mise à l'épreuve - Partie 2 - par Mark Mallett). La corruption massive de la mission évangélique de l'Église par des théologiens dissidents et par ceux qu'ils forment dépasse largement les défauts des piétistes parmi nous, qui sont une très petite minorité — je dirais minuscule, peut-être même proportionnellement microscopique. Décennie après décennie, nous avons vu nos églises transformées selon une interprétation erronée de Vatican II, la liturgie souvent convertie en rituel social centré sur l'homme ; nous avons vu les magnifiques enseignements de nos précédents Papes ignorés ou critiqués, voire altérés et appliqués de façon erronée. Nous qui vivons sur le terrain dans de telles églises nationales avons nous-mêmes constaté la marginalisation des fidèles catholiques, avons subi silencieusement d'innombrables homélies véhémentes contre le pharisaïsme, l'assimilant à l'orthodoxie, alors que dans le même temps, dans la majorité des diocèses, les fidèles reçoivent le minimum d'enseignement solide de la part des prêtres.

Peu à peu, avec une nouvelle génération d'évêques et de prêtres apostoliques, la situation dans certaines églises particulières s'améliore, bien que le chemin soit encore long avant d'avoir une véritable nouvelle renaissance. La plupart des catholiques fidèles continuent d'offrir leurs souffrances pour les personnes qui en sont la cause, et pour la purification et le renforcement du corps du Christ à notre époque. Ils s'efforcent de vivre à la fois la veritas et la caritas comme un tout unifié, au milieu des infidélités au sein de nos églises particulières et des environnements sociaux et politiques hostiles de nos nations, qui ont largement capitulé devant des politiques anti-vie et anti-famille.

Au fil des années et des décennies, les catholiques complètement fidèles se sentent de plus en plus marginalisés, et non comme une « élite » pharisaïque. Ils se reconnaissent pécheurs. Ils savent qu'ils ont besoin de miséricorde. Et pour cette raison, ils reconnaissent leur besoin d'une part de vivre dans la plénitude de l'Église du Christ et des Évangiles, et d'autre part d'avoir une vie spirituelle et sacramentelle authentique, à savoir l'adoration de Dieu pour laquelle l'homme a été créé — et ceci pour avoir la force intérieure d'aimer son prochain comme soi-même, à la fois notre proche voisin et chaque membre de la communauté humaine dans le monde.

Je peux compter sur les doigts d'une seule main les individus que j'ai rencontrés au cours de ma vie et qui ressemblent au stéréotype de l'ancien pharisien. En revanche, je connais plusieurs centaines de personnes aimantes, capables de sacrifices héroïques, qui ne jugent pas les autres mais qui, en étant simplement fidèles au dépôt de la foi, sont considérées comme une menace à « l'unité » de l'église particulière. Sans provocation de leur part, ils ont souvent été considérés comme des boucs émissaires et des paratonnerres prenant sur eux les peurs et la méchanceté des autres, sans riposter. Le plus souvent, c'est eux qui se retrouvent sur le banc des accusés. S'ils ont parfois protesté contre les mauvais enseignements donnés dans la Maison de Dieu, les sacrilèges et la désobéissance aux normes universelles du culte dans l'Église, ils l'ont toujours fait en privé et dans la charité. L'Église enseigne que ce n'est pas seulement leur droit mais leur devoir de le faire. [2] Presque toujours ils rencontrent une colère irrationnelle ou, au mieux, de l'indifférence. Subissant les conséquences négatives de leurs efforts douloureux, et avec peu ou pas d'amélioration dans leurs situations, beaucoup succombent au découragement et finissent par retourner au silence. Leur sentiment de futilité grandit comme un cancer dans le Corps du Christ et provoque trop facilement une sorte de paralysie. Ils ont accepté comme inévitable l'une des tactiques les plus insidieuses et destructrices utilisées par les nouveaux pharisiens pour neutraliser l'opposition. Les fidèles ont appris à maintes reprises que défendre la vérité, c'est prendre le risque de se retrouver accusé de pharisaïsme.

Dans une homélie lors d'une messe, le 29 juin 1972, le Pape Paul VI a déclaré que « par quelque fissure la fumée de Satan est entrée dans le peuple de Dieu. » Dans une allocution de 1977, il alla jusqu'à dire :

La queue du diable oeuvre à la désintégration du monde catholique. Les ténèbres de Satan sont entrées et se sont répandues dans toute l'Église catholique, jusqu'à son sommet. L'apostasie, la perte de la Foi, se répand dans le monde entier et jusqu'aux plus hauts niveaux de l'Église

— PAPE PAUL VI - Discours à l'occasion du soixantième anniversaire des apparitions de Fatima, 13 octobre 1977

Le choix de cette description inhabituelle est significatif, car la "queue du diable" fait allusion à un passage du Livre de l'Apocalypse :

Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et le travail de l'enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l'enfant dès sa naissance.

Ap 12: 1-4

Oui, tenez bon !

Saint Paul nous rappelle dans sa lettre aux Ephésiens que si nous espérons tenir face à ces temps de ténèbres, résister aux tentations personnelles conduisant au péché et à l'erreur — les hérésies et l'apostasie, et les alternatives de rage ou de désespoir — nous devons revêtir "l'armure de Dieu" afin que nous puissions résister aux ruses du diable :

Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Puissances de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l'équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en oeuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l'ardeur à annoncer l'Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d'éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la parole de Dieu. En toute circonstance, que l'Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles.

Eph 6: 12-20

Cette exhortation, prononcée dans les premiers temps de l'Église, n'est pas moins cruciale à notre propre époque. En effet, nous en avons plus que jamais besoin, car l'apostasie est à présent tout autour de nous et parmi nous.

Le Catéchisme de l'Église Catholique enseigne :

Avant l'avènement du Christ, l'Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19-20) dévoilera le "mystère d'iniquité" sous la forme d'une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l'apostasie de la vérité. L'imposture religieuse suprême est celle de l'Anti-Christ, c'est-à-dire celle d'un pseudo-messianisme où l'homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair. (cf. 2 Th 2, 4-12 ; 1 Th 5, 2-3 ; 2 Jn 7 ; 1 Jn 2, 18. 22)

Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l'on prétend accomplir dans l'histoire l'espérance messianique qui ne peut s'achever qu'au-delà d'elle à travers le jugement eschatologique : même sous sa forme mitigée, l'Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme, surtout sous la forme politique d'un messianisme sécularisé, "intrinsèquement perverse". (cf. Pie XI, enc. "Divini Redemptoris" condamnant le "faux mysticisme" de cette "contrefaçon de la rédemption des humbles" ; GS 20-21)

L'Église n'entrera dans la gloire du Royaume qu'à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection. (cf. Ap 19, 1-9) Le Royaume ne s'accomplira donc pas par un triomphe historique de l'Église (cf. Ap 13, 8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20, 7-10) qui fera descendre du Ciel son Épouse. (cf. Ap 21, 2-4) Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20, 12) après l'ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe. (cf. 2 P 3, 12-13)

— Catéchisme de l'Église Catholique, n° 675-677

Le véritable horizon

Notre chagrin face la condition actuelle de l'Église, à la fois universelle et particulière, est immense. Et tandis que cette tristesse devant la perte de tant d'âmes et la corruption du sacré est assez naturelle, nous ne devons jamais nous laisser aller à la consternation. Nos principales tentations pendant cette période de confusion sont l'amertume, l'isolement et un subtil esprit de rébellion — au risque d'aller jusqu'au schisme, ce qui provoquerait une multitude d'autres maux. Au lieu de cela, le Seigneur nous demande de rester fermes tel un rempart, un signe de contradiction contre les flots du mensonge et de la malice, quelles qu'en soient les conséquences, quelles que soient les perspectives de "succès" ou d'"échec". Le Seigneur désire que nous avancions toujours plus au large, toujours plus loin, car au coeur de tout est l'union avec Lui. Mais cette union ne grandit que par la foi et la souffrance. Vivre le rejet, les faux jugements des autres, l'incapacité ou la réticence des bergers à être de vrais pères spirituels, et une multitude d'autres désordres dans le Corps du Christ ... tout cela constitue un test pour nous (parfois un test sévère).

Nous devons garder à l'esprit que tout au long de sa longue histoire, l'Église a souvent été en crise. Elle a toujours été constituée de et parfois même dirigée par des personnes qui furent tout sauf édifiantes. Pourtant, le navire se stabilise toujours et va de l'avant. Dieu est toujours à l'oeuvre, cherchant à tirer du bien de nos folies apparemment sans fin. De même, Il suscitera de nouveaux bergers et de nouveaux saints pour notre temps, et ce sera probablement au milieu de grandes tribulations. Notre tâche est de continuer à orienter nos pensées et les mouvements de notre coeur vers le véritable horizon — de garder nos yeux fixés sur l'Église comme l'Epouse se préparant à rencontrer son Époux, le Christ.

Il arrive. Il est proche. Les « solutions » humaines telles que l'apostasie ou les schismes ne font qu'ajouter aux blessures de l'Épouse et entrâver sa préparation. Nous devons aimer l'Église d'un grand amour, sans jamais perdre de vue la promesse du Seigneur que les « portes de l'enfer » ne prévaudront jamais contre elle. Cela implique que l'enfer va sûrement se déchaîner, pour tous nous tenter, nous passer au crible comme le blé (Lc 22: 31). Positionnons-nous sur la ligne de défense de l'Église et non en tant que partie du problème. (lire aussi : « Réflexions sur l'Eglise ... »)

Nous recevrons consolation et courage en offrant tout ce que nous souffrons et en unissant nos sacrifices à la Croix pour la purification et le renforcement de l'Église. Nous les hommes, et en particulier nous les Nord-Américains pragmatistes, avons ce sentiment bien ancré qu'il nous est possible de « réparer » n'importe quoi en ayant suffisamment de connaissances, de compétences, d'outils, d'influence, de rhétorique, etc. Mais nous devons comprendre que dans le cas de l'Église, nous ne pouvons pas surmonter les présentes ténèbres avec nos forces humaines limitées. Nous pouvons seulement nous « réparer » nous-mêmes par notre coopération à la grâce du Christ — par notre repentance personnelle, nos prières, les sacrements, le sacrifice, l'endurance, la persévérance, la patience, la miséricorde, la vérité et la foi raffinée par les feux les plus ténébreux. C'est de Jésus-Christ lui-même que nous apprendrons quand garder le silence devant nos accusateurs et quand parler haut et fort, et comment, en tout temps, tenir ferme et fortifier les choses qui restent.

+ + +

Lectures

Le jugement annoncé par le Seigneur Jésus se réfère surtout à la destruction de Jérusalem en l'an 70. Mais la menace de jugement nous concerne nous aussi, l'Eglise en Europe, l'Europe et l'Occident en général. Avec cet Evangile, le Seigneur clame également à nos oreilles les paroles qu'il adresse dans l'Apocalypse à l'Eglise d'Ephèse: "Si tu ne te repens, je vais venir à toi pour changer ton candélabre de son rang" (2, 5). A nous aussi, la lumière peut être enlevée et nous faisons bien si nous laissons résonner cet avertissement en notre âme avec tout son sérieux, en criant dans le même temps au Seigneur: "Aide-nous à nous convertir! Donne à chacun de nous la grâce de nous renouveler vraiment! Ne permets pas que la lumière qui est au milieu de nous s'éteigne! Renforce notre foi, notre espérance et notre amour afin que nous puissions porter de bons fruits!".

— Homélie du Pape Benoît XVI, 2 octobre 2005, à l'ouverture du synode à Rome ; Vatican.va

Plus les ténèbres sont grandes, plus notre confiance devrait être totale.

— Ste Faustine Kowalska, Petit journal, Divine Miséricorde dans mon âme, n° 357

« Ecris ceci : avant de venir comme un Juge équitable, Je viens d'abord comme Roi de Miséricorde. Avant qu'advienne le jour de Justice, il sera donné aux hommes ce signe dans les cieux : toute lumière dans le ciel s'éteindra et il y aura de grandes ténèbres sur toute la terre. Alors le signe de la Croix se montrera dans le ciel ; des Plaies des Mains et des Pieds du Sauveur, sortiront de grandes lumières, qui, pendant quelques temps illumineront la terre. Ceci se passera peu de temps avant le dernier jour. »

— Ste Faustine Kowalska, Petit journal, Divine Miséricorde dans mon âme, n° 83

Beaucoup seront purifiés, blanchis, épurés. Les méchants feront le mal, aucun d'entre eux ne comprendra, mais ceux qui ont l'intelligence comprendront.

Daniel 12: 10

Épée, réveille-toi contre mon berger, contre l'homme qui m'est proche – oracle du Seigneur de l'univers. Frappe le berger, et que les brebis soient dispersées ... Il arrivera dans tout le pays – oracle du Seigneur – que deux tiers en seront retranchés, périront, et que l'autre tiers y restera. Je ferai passer ce tiers par le feu ; je l'épurerai comme on épure l'argent, je l'éprouverai comme on éprouve l'or. Lui, il invoquera mon nom, et moi, je lui répondrai. Je dirai : « C'est mon peuple ! », et lui, il dira : « Le Seigneur est mon Dieu ! »

Zacharie 13: 7-9

Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme la fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l'impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, – dit le Seigneur de l'univers –, il ne leur laissera ni racine ni branche. Mais pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement.

Malachie 3: 19-20

Ainsi donc, frères, tenez bon, et gardez ferme les traditions que nous vous avons enseignées, soit de vive voix, soit par lettre.

2 Thessaloniciens 2: 15

Voici que je viens sans tarder.

Apocalypse 22: 7

Michael O'Brien

+ + +

[1] Catéchisme de l'Eglise catholique, n° 2089 ; CIC, Le Code de droit canonique, Canon 751.

[2] Le Code de droit canonique, Canon 212, section 3 : « Ils [les laïcs] ont le droit et même parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l'Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauves l'intégrité de la foi et des moeurs et la révérence due aux pasteurs, et en tenant compte de l'utilité commune et de la dignité des personnes. »

[3] CEC, n. 675-677; see also n. 678-680.

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Commentaire laissé par le

@ Olivier, il y en a aujourd'hui qui trahissent la miséricorde en disant aux pécheurs qu'ils n'ont pas besoin de se convertir parce que comme Jésus est miséricordieux sa doctrine est relative et qu'il ne faut pas trop demander aux catholiques de s'y conformer car c'est trop exigeant et au-dessus de leurs forces. Ces personnes accusent à tort les catholiques qui demeurent fidèles à la doctrine et continuent de vouloir l'enseigner d'être des pharisiens dans le but de les faire taire et que la vérité cesse d'être enseignée.

Relis la partie intitulée "Silence et paralysie".

"Je peux compter sur les doigts d'une seule main les individus que j'ai rencontrés au cours de ma vie et qui ressemblent au stéréotype de l'ancien pharisien. En revanche, je connais plusieurs centaines de personnes aimantes, capables de sacrifices héroïques, qui ne jugent pas les autres mais qui, en étant simplement fidèles au dépôt de la foi, sont considérées [comme des pharisiens] comme une menace à « l'unité » de l'église particulière."

Or bien entendu, ces catholiques ne sont pas des pharisiens dans la plupart des cas, même si le danger de retomber dans l'ancienne forme de pharisaïsme (enseigner la doctrine au détriment de la miséricorde, ou la vérité sans l'amour) existe en chacun de nous.

En somme, nous avons aujourd'hui l'inverse des pharisiens d'hier. Hier ils enseignaient à respecter la loi mais négligeaient leur devoir de charité et de compassion ; aujourd'hui certains enseignent une fausse charité, une fausse compassion, en trahissant la vérité et en rejetant la doctrine. Je ne sais pas si on peut les appeler les "nouveaux pharisiens" ... mais ils sont de plus en plus nombreux et c'est ce qu'on appelle l'apostasie.

Commentaire laissé par le

Il y a 2 types de pharisiens aujourd'hui si j'en comprends cet article :

1) ceux qui sont préoccupés par l'observance de la loi au détriment de la miséricorde et de l'amour des pauvres

"Les pharisiens de l'époque étaient très préoccupés par les menus traits de la Loi et de leur observance"

2) ceux qui défendent la vérité

"Les fidèles ont appris à maintes reprises que défendre la vérité, c'est prendre le risque de se retrouver accusé de pharisaïsme."

n'y a-t-il pas une contradiction, car apparemment selon l'article nous sommes tous des pharisiens, que nous défendions la loi ou la vérité

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Publié le dimanche 25 février 2018

« Le Maître de la terre » (en anglais, « Lord of the World »), est un roman de style apocalyptique écrit en 1907 par Robert Hugh Benson (1871-1914), un prêtre anglican d’Angleterre (son père était archevêque anglican de Canterbury) qui se convertit au catholicisme en 1903, et fut ordonné prêtre catholique en 1904.

Dans ce roman, à la fin du 20ème siècle, les progrès du matérialisme et de la franc-maçonnerie ont réduit la religion chrétienne à une infime minorité en Europe, malgré sa survie en Irlande et dans la ville pontificale de Rome. Mais alors que l’on attendait l’ère de la Paix Universelle, l’Asie menace de déferler sur l’Europe.

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