Je vole au secours du Pape François


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Publié le mercredi 19 décembre 2018

Auteur / source : Père Charles DELHEZ, s.j.

Catégorie : Église et papauté

Nombre de consultations : 204

Deux textes ciculent, un demandant la destitution du Pape, l'autre lui disant merci. J'ai choisi mon camp, et vous livre un extrait du second :

« Cher Pape François! En fait, tu es coupable ! Tu es coupable parce que tu as déchiré les pages de l'intolérance, des morales stériles et sans pitié, et tu nous as offert la beauté de la compassion, de la tendresse et de la sincérité. »

— Antoine Teixeira, Brésil

Du temps de Jésus, cette ouverture gênait déjà les pharisiens. Ils percevaient son attitude miséricordieuse comme de la permissivité et se laissaient sans doute envahir par cet étrange sentiment de jalousie: et si moi, je pouvais me permettre cela!

Source : cathobel.be

Photo : Pape François (CC-BY-SA Jeffrey Bruno)

Les conflits actuels de l'Eglise, qui apparaissent maintenant au grand jour, nous rappellent que cette institution est bien humaine. Qu'est-ce qui ne va pas dans l'Eglise? demandait un journaliste à Mère Teresa. Et celle-ci de répondre: « Vous et moi! » Rester en retrait, se désolidariser de celle-ci serait un acte d'orgueil: moi au moins, je ne suis pas comme cela! On ne s'engage jamais que pour des causes imparfaites, disait un philosophe. Il a raison. Si tout était parfait, y compris nous-mêmes, la vie serait stagnante et il n'y aurait finalement plus de motifs de s'engager.

Il y a donc eu le débat sur ce qui peut être vu comme un dérapage verbal, la consultation d'un psychiatre pour les parents d'un enfant homosexuel. Le pape voulait sans doute simplement dire que l'aide d'un professionnel pouvait être utile. La piété ne suffit pas pour nous aider à traverser les situations difficiles et à trouver l'attitude juste.

Une scission interne

Mais il y a beaucoup plus grave. Se manifeste au grand jour une scission interne à l'Eglise, qui existait dès le début du pontificat de François: une minorité agissante de conservateurs veut faire tomber ce pape qui pourtant, aux yeux de beaucoup, a redoré le blason de l'Eglise. Peut-être a-t-on entendu parler de cet ancien nonce, Mgr Vigano, qui emploie les grands moyens en demandant la destitution du pape, et cela pour motif d'une supposée malhonnête gestion du dossier d'un évêque américain pédophile, le cardinal McCarrick. Dans les textes qui circulent, ou plutôt que l'on fait circuler, on en vient à l'accuser d'hérésie notamment à cause de son attitude miséricordieuse vis-à-vis des divorcés remariés. Ces opposants sont-ils de mauvaise foi? J'ai la naïveté de croire que non. Nous sommes tous si vite prisonniers d'une manière de voir qui nous fait prendre nos convictions pour des vérités universelles. Et tous les moyens deviennent alors bons pour les faire triompher.

Je veux voler au secours du Pape François et, dans cette chronique, lui exprimer toute ma gratitude. Sans être un révolutionnaire ni un progressiste aveugle – j'avoue que je souhaiterais parfois des réformes plus radicales et plus rapides…–, il a imprimé à l'Eglise un nouveau style, plus évangélique, qu'il appelle lui-même le « style de Jésus ». Au cœur de son message, il y a un appel à la conversion qu'il adresse à tout chrétien. N'est-ce d'ailleurs pas par cet appel que s'ouvre l'Evangile? Et il y a aussi la miséricorde – qui le rend peut-être un peu lent dans certains dossiers de pédophilie, craintif qu'il est de faire tomber des têtes innocentes.

Je ne cacherai pas une certaine inquiétude. Cela pourrait tourner mal. Que pouvons-nous faire? se demandera-ton. Prier, bien sûr. N'est-ce pas la manière dont un croyant exprime ce qui le préoccupe? Mais il y a aussi à entendre l'appel de François à la conversion et à la miséricorde. C'est à chaque fois en adoptant, du plus haut de la hiérarchie jusqu'au baptisé sans grade, le style de Jésus que l'Eglise a pu et pourra dépasser les crises qu'elle n'a cessé de traverser. Après tout, ce grand bateau a déjà bravé bien des tempêtes et opéré de nombreux virages. Elle n'est pas comme ce paquebot tristement célèbre qui a sombré dès sa première traversée. Nous pouvons faire confiance, nous savons que Celui qui est à la barre ne nous abandonnera pas. Courage, Saint-Père François!

Charles DELHEZ, s.j. (cathobel.be)

« Les mots pour le dire », chronique parue dans le journal Dimanche n°35 du 7 octobre 2018

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Oh là là...
Les deux pétitions mes paraissent aussi ... disons, peu d’actualité l’une que l’autre.
Le pape François est attaqué. Oui. Benoît XVI ne l’aurait pas été? Et encore plus gravement?
Et Jean-Paul II? Non? À son premier voyage en France les prêtres d’ici ne voulaient participer en rien... et cela a duré.
Et Paul VI? Et pie XII?
Bref... pourquoi monter en épingle ce qui ne le fut pas de la même façon pour les prédécesseurs?
Enfin, malaise en lisant ce texte : j’ai suivi les interventions de mgr Viganò.
Si dans sa première intervention il a demandé effectivement que le pape démissionne (et non pas«soit destitué»ce qui est autre chose; comment pouvez-vous être si peu précis?), il n’est jamais revenu sur le sujet.
Par ailleurs, ce qu’il affirmait de mgr Mac Carrick était assez vrai pour qu’un peu plus d’un an plus tard, ce dernier soit effectivement écarté du sacerdoce, et pour que des évêques américains demandent des éclaircissements sur sa rapide ascension décisionnelle au sein de l’Église(d’éventuelles complicités), également sur des versements de fonds américains qu’il aurait obligé une fondation de faire au Vatican, précisément à un hôpital en déficit suspect.
Enfin la traditionnelle mise en opposition à des«conservateurs» qui en soi semble affirmer que l’auteur-n’en est pas-avec jugement porté sur la bonne foi des uns et des autres, n’est-ce pas ce que le pape François dénonce comme«calomnie»,« jugement téméraire» etc?
Cette classification est chrétienne? Miséricordieuse?
N’a-t-elle pas plus à voir avec le marxisme, qui, culturellement, est en train de triompher?
Ce texte apparemment défenseur de la « foi » de la « miséricorde » n’est pas si unifié que cela.
Car l’allusion aux«divorcés vivant une autre union»comme à une miséricorde prend en réalité position sur une réalité pas si évidente : absente dans le texte du pape, puisque le p. Delhez s’appuie sur une note(qui n’appartient donc pas au texte).Et les éclaircissements ont été demandés.
Quant à la lenteur en certains dossiers de pédophilie, le curieux de l’affaire c’est qu’elle soit à vitesses variables selon les cas; que certains cas jugés déjà au civil amènent des rétropédalages à vitesse hypersonique après avoir réintégré certain(je pense ici à un prêtre italien réintégré dans le sacerdoce ministériel, puis précipitamment re-tourné à l’état laïc..).
La justice argentine a déclaré coupable un évêque, emmené par le pape François au Vatican, et attend que le Vatican veuille bien le laisser arrêter et ramener en Argentine...
Toutes ces décisions ne sont pas forcément formellement prises par le pape, mais par des responsables de dicastères etc... Et rien n’interdit d’ailleurs à un pape de se tromper en ce domaine de gestion des relations. Simplement des élévations à des responsabilités au Vatican laissent interrogatif...
Vouloir affoler et « sauver le pape », mon Dieu, rien que cela! me paraît bien tristement une façon de semer le trouble.

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