Des différents mouvements de la nature et de la grâce


Publié le dimanche 25 février 2018

Catégorie : Encouragements spirituels

Nombre de consultations : 368

Ce texte que j'aime beaucoup est tiré du livre « L'imitation de Jésus-Christ » - Livre III, Chapitre 54.

1. Mon fils, observe avec soin les mouvements de la nature et de la grâce, car ils sont très opposés et très subtils ; à peine peuvent-ils être discernés par un homme spirituel, intérieur et illuminé d’en haut. Tous les hommes, en effet, ont le désir du bien et tendent à quelque bien dans leurs paroles et dans leurs actions ; c’est pourquoi plusieurs sont trompés par cette apparence de bien.

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Parallèle entre la nature et la grâce

2. La nature est pleine d’artifice : elle attire, surprend, séduit, et elle n’a jamais d’autre fin qu’elle-même. La grâce, au contraire, marche avec simplicité, et fuit jusqu’à la moindre apparence du mal ; elle ne tend pas de pièges, et fait toutes choses pour Dieu seul, en qui elle se repose comme en sa fin.

3. La nature répugne à mourir; elle ne veut pas être contrainte, ni vaincue, ni assujettie, ni se soumettre volontairement. La grâce, au contraire, s’applique à se mortifier, elle résiste à la sensualité, recherche l’assujettissement, aspire à être vaincue, et ne veut pas jouir de sa propre liberté; elle aime à être tenue sous la discipline, ne désire dominer personne, mais à toujours vivre, demeurer et être sous la main de Dieu; et, pour l’amour de Dieu, elle est prête à se soumettre humblement à toute créature humaine (1 P 2, 13).

4. La nature travaille pour son propre intérêt, et calcule le gain qu’elle peut retirer des autres. La grâce, au contraire, ne considère pas ce qui lui est utile et avantageux, mais plutôt ce qui peut servir aux autres.

5. La nature aime à recevoir les respects et les honneurs. La grâce, au contraire, renvoie fidèlement à Dieu tout honneur et toute gloire.

6. La nature craint la confusion et le mépris. La grâce, au contraire, se réjouit de souffrir des outrages pour le nom de Jésus (Ac 5, 41).

7. La nature aime l’oisiveté et le repos du corps. La grâce, elle, ne peut rester sans rien faire, et elle embrasse volontiers le travail.

8. La nature recherche les choses curieuses et belles, et repousse avec horreur ce qui est vil et grossier. La grâce, au contraire, se complaît dans les choses simples et humbles; elle ne dédaigne pas ce qu’il y a de plus rude, et ne refuse pas de se vêtir de haillons.

9. La nature convoite les biens du temps, elle se réjouit d’un gain terrestre, s’afflige d’une perte, et s’irrite d’une légère injure. La grâce, au contraire, n’aspire qu’aux biens éternels, elle ne s’attache pas aux choses du temps et ne se trouble pas de leur perte, elle ne s’offense pas des paroles les plus dures, parce qu’elle a mis son trésor et sa joie dans le ciel, où rien ne périt.

10. La nature est avide, et reçoit plus volontiers qu’elle ne donne; elle aime ce qui lui est propre et particulier. La grâce, au contraire, est généreuse et ne se réserve rien; elle évite la singularité, se contente de peu, et croit qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Ac 20, 35).

11. La nature se porte vers les créatures, la chair, les vanités et la dissipation. La grâce élève à Dieu, excite à la vertu, renonce aux créatures, fuit le monde, hait les désirs de la chair, ne se répand pas au dehors, et rougit de paraître en public.

12. La nature se réjouit d’avoir quelque consolation extérieure qui flatte le penchant des sens. La grâce ne veut se consoler qu’en Dieu seul, et s’élevant au-dessus des choses visibles, elle met tous ses délices dans le souverain bien.

13. La nature ne se propose en tout que son profit et son avantage propre; elle ne sait rien faire gratuitement, mais elle espère retirer du bien qu’elle fait quelque chose d’égal ou de meilleur, ou des louanges ou des faveurs; et elle veut qu’on compte pour beaucoup ce qu’elle fait et ce qu’elle donne. La grâce, au contraire, ne recherche aucun avantage temporel; elle ne demande d’autre récompense que Dieu seul, et, des choses nécessaires à la vie, elle ne désire que ce qui peut lui servir pour acquérir les biens éternels.

14. La nature se complaît dans le grand nombre des amis et des parents; elle se glorifie d’être de haut rang et d’illustre naissance; elle sourit aux puissants, flatte les riches, et applaudit à ceux qui lui ressemblent. La grâce aime jusqu’à ses ennemis, elle ne s’enorgueillit pas du nombre de ses amis; elle ne compte pour rien la noblesse et les ancêtres, à moins qu’ils ne se soient distingués par la vertu; elle favorise le pauvre plutôt que le riche, elle compatit plus à l’innocent qu’au puissant; elle recherche l’homme vrai et fuit le menteur; elle ne cesse d’exhorter les bons à aspirer aux dons les meilleurs (1 Co 12, 31), et à se rendre semblables au Fils de Dieu par leurs vertus.

15. La nature est prompte à se plaindre des privations et des peines. La grâce supporte avec constance la pauvreté.

16. La nature ramène tout à elle-même, combat et discute pour ses intérêts. La grâce, au contraire, renvoie tout à Dieu, source première d’où découle tout bien; elle ne s’attribue aucun bien, elle évite l’arrogante présomption, elle ne conteste pas, elle ne préfère pas son opinion à celle des autres; mais elle soumet toutes ses pensées et tous ses sentiments à l’éternelle sagesse et au jugement de Dieu.

17. La nature est curieuse de secrets et de nouvelles; elle veut paraître au-dehors et tout expérimenter par elle-même; elle désire être connue et faire ce qui attire la louange et l’admiration. Mais la grâce n’a pas souci d’apprendre ce qui est nouveau ou curieux; car tout cela vient de la corruption du vieil homme, puisqu’il n’y a rien de nouveau ni de stable sur la terre. Elle enseigne donc à réprimer les sens, à fuir la vaine complaisance et l’ostentation, à cacher humblement ce qui mérite l’éloge et l’estime, à ne chercher en toute chose et en toute science que ce qui peut être utile, ainsi que l’honneur et la gloire de Dieu. Elle ne veut que l’on vante ni elle ni ses oeuvres; mais elle désire que Dieu soit béni dans ses dons, lui qui les répand tous par pur amour.

Heureux qui sait combattre la nature

18. Cette grâce est une lumière surnaturelle et un don spécial de Dieu: c’est proprement le sceau des élus et le gage du salut éternel; elle élève l’homme des choses de la terre à l’amour des choses du ciel, et, de charnel qu’il était, le rend spirituel. Ainsi, plus la nature est réprimée et vaincue, plus la grâce se répand avec abondance; et, chaque jour, par de nouvelles effusions, elle refait au-dedans de l’homme l’image de Dieu.

Prière

Seigneur, je me livre à ta miséricorde pour obtenir le pardon de mes péchés, et à ton amour, pour suivre les inspirations de ta grâce. Soutiens-moi, ô mon Jésus! Fortifie-moi par ta grâce contre les tendances égoïstes de la chair et les recherches de l’amour-propre. Donne-moi la force de combattre et de vaincre les mouvements de ma nature corrompue, qui cherche en tout à se satisfaire, et qui est opposée à tes saintes volontés. Fais que ta grâce, l’emportant en moi sur la nature, me rende fidèle aux inspirations de ton Esprit Saint, et que, me portant toujours à me renoncer et à me vaincre, elle m’établisse et me renouvelle dans la possession de ton amour. Amen.

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