Cardinal Newman : « le jeûne, source d’épreuve »


Publié le dimanche 18 février 2018

Catégorie : Discours, sermons & homélies

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Premier dimanche de Carême, 4 mars 1838

Avant de traiter strictement le thème indiqué par le titre du sermon, Newman définit clairement le jeûne du chrétien; en effet cette forme d’ascèse fut prati­quée dans le judaïsme et dans d’autres religions, mais le propre du chrétien est de jeûner à la suite du Christ, comme lui et surtout avec lui. Le jeûne accompli avec la grâce de la présence du Christ dans le cœur est d’une fécondité sans commune mesure avec les œuvres accomplies par les juifs sous le régime de la Loi car ces derniers ne bénéficiaient pas de l’assistance de l’Esprit saint tandis que, par cette assistance, c’est le Christ lui-même qui refait en chacun de ses membres les actes de sa vie terrestre : le chrétien est alors ainsi «forme visible ou signe sacramentel de l’unique Fils de Dieu». Voilà pourquoi l’Église célèbre dans le cycle liturgique des temps de Noël et de Pâques les événements de la vie de notre Seigneur. Cette réalité de la présence du Christ dans le cœur du chrétien que Newman énonce au début de ce pre­mier sermon du volume sera supposée ou clairement rappelée dans les autres comme le privilège du chrétien qui appelle en retour des devoirs. Il en résulte que le jeûne du chrétien est agréé de Dieu parce qu’il est observé en union avec le Christ.

Source : newmanfriendsinternational.org

Comment dès lors est-il source d’épreuve ? Le jeûne du Christ fut une intro­duction à la tentation et même la cause de celle-ci. « Satan se servait de son jeûne contre lui. » C’est aussi le cas des chrétiens aujourd’hui : le jeûne est d’abord une épreuve qui peut avoir des effets néfastes, irritation, perte de la maîtrise de soi, difficulté de prier dues à la fatigue causée par l’exercice du jeûne ; par ailleurs il ouvre la porte sur le monde à venir, en bien comme en mal : il est une introduction au conflit avec les puissances du mal. Mais comme le Christ est sorti victorieux de la tentation, les chrétiens, par le jeûne et la prière, reçoivent un pouvoir sur le monde invisible et sont assurés de la victoire sur le Mauvais qui, comme l’a dit Jésus, est expulsé par le jeûne et la prière. De cette prière persévérante, les grands personnages de l’Ancien Testament, Jacob, Moïse, Élie, Daniel ont donné l’exemple ; en les imitant, les chrétiens se trouveront, pendant le temps du Carême, dans la compagnie du Christ sur la montagne, cachés avec lui et jouissant de sa présence. Le sermon est assigné au premier dimanche de ce temps liturgique et porte la date du 4 mars 1838.

« Il jeûna quarante jours et quarante nuits, après quoi il eut faim »

(Mt 4, 2).

Ce temps de l’humiliation, qui précède Pâques, dure quarante jours, en mémoire du long jeûne du Seigneur dans le désert. C’est pourquoi en ce jour, premier dimanche du carême, nous lisons l’évangile qui nous en livre le récit ; dans la collecte, en outre, nous prions celui qui par amour pour nous jeûna quarante jours et quarante nuits de bénir nos abstinences pour le bien de nos âmes et de nos corps.

Nous jeûnons par pénitence, afin également de dominer la chair. Notre Sauveur n’avait nul besoin de jeûner dans l’une et l’autre inten­tion. Son jeûne fut différent du nôtre, tant dans sa vigueur que dans son objet. Et pourtant, quand nous commençons de jeûner, nous avons son modèle devant les yeux ; et nous poursuivons ce temps de jeûne jusqu’à ce que nous ayons égalé le sien en nombre de jours.

Il y a une raison à ceci : c’est qu’en vérité nous devons tout faire en ayant nos yeux fixés sur le Seigneur. De même que c’est par lui seul, que nous avons le pouvoir de faire quelque bien, de même, si ce n’est pas pour lui que nous le faisons, ce n’est pas un bien. C’est de lui que vient notre obéissance ; c’est vers lui qu’elle doit se tourner.

«Sans moi vous ne pouvez rien faire», dit-il. Nulle œuvre n’est bonne sans grâce et sans amour. Saint Paul abandonna tout «pour être trouvé dans le Christ, n’ayant plus sa justice à lui, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ2». Alors seulement nos justices sont acceptables, lorsqu’elles sont accomplies non de façon légaliste, mais dans le Christ par la foi. Vaines étaient les œuvres de la Loi, parce qu’elles n’étaient pas assis­tées par la puissance de l’Esprit. Elles n’étaient que tentatives d’une nature laissée à elle-même, pour accomplir, certes, ce qui était de son devoir, mais qu’elle était incapable d’accomplir. Nul autre que les aveugles et les charnels, ou ceux qui étaient plongés dans la plus extrême ignorance, ne pouvait y trouver quelque motif de réjouissance. Qu’étaient toutes les justices de la Loi, qu’étaient ses œuvres, même lorsqu’elles sortaient de l’ordinaire, ses aumônes et ses jeûnes, ses contorsions de visage et ses afflictions de l’âme, qu’était tout ceci sinon poussière et rebut, pitoyable office terrestre, misérable pénitence sevrée d’espérance, tant que la grâce et la présence du Christ en étaient absentes ? Les juifs avaient beau s’humilier, ils ne se relevaient pas en esprit, alors qu’ils se prosternaient avec leurs corps ; ils avaient beau se désoler, cela ne tournait pas à leur salut ; ils avaient beau se chagriner, la joie restait absente de leur affliction; l’homme charnel avait beau mourir à lui-même, l’homme intérieur ne se renouvelait pas au fil des jours. Ils portaient et la chaleur et le poids du jour, outre le joug de la loi, mais cela ne « leur préparait pas, bien au-delà de toute mesure, une masse éternelle de gloire ». Mais Dieu nous a réservé quelque chose de meilleur. Et voici ce que c’est : être un de ces petits qui sont du Christ ; être capable de faire ce que les juifs pensaient pouvoir faire, et ne le pouvaient pas ; avoir en nous-mêmes ce par quoi nous pouvons tout accomplir ; être en possession de sa présence, elle qui est notre vie, notre force, notre mérite, notre espérance, notre couronne ; devenir miraculeusement ses membres, instruments, ou forme visible, ou signe sacramentel de l’unique Fils de Dieu à jamais présent dans son invisi­bilité, lequel refait mystérieusement en chacun de nous tous les actes de sa vie terrestre, sa naissance, sa consécration, son jeûne, sa tentation, ses conflits, ses victoires, ses souffrances, son agonie, sa passion, sa mort, sa résurrection et son ascension : lui étant tout en tous ; nous, dis­posant d’aussi peu de puissance en nous-mêmes, d’aussi peu d’excel­lence et de mérite que l’eau du baptême, ou le pain et le vin de la Sainte Communion, et pourtant forts dans le Seigneur et dans le pouvoir que donne sa puissance. Telles sont les pensées dans lesquelles nous avons célébré Noël et l’Epiphanie ; telles sont les pensées qui doivent nous accompagner durant le carême.

Cependant, même dans nos exercices de pénitence pour lesquels nous aurions moins que jamais espéré trouver en lui un modèle, le Christ nous a précédés en vue de les sanctifier pour nous. Il a béni le jeûne comme moyen de grâce par le fait même de son jeûne ; aussi le jeûne n’est-il acceptable que lorsqu’il est accompli par amour pour lui. La pénitence est pur formalisme, ou pur remords, si on ne la fait pas par amour. Si nous jeûnons, sans nous unir de cœur au Christ, sans l’imiter, sans le prier de faire sien notre jeûne, de l’associer au sien propre, de lui en communiquer la vertu, afin d’être en lui et lui en nous, nous jeûnons alors en juifs et non en chrétiens. C’est bien pourquoi, au cours des offices de ce premier dimanche, notre pensée est tournée vers le Christ, lui dont la grâce doit nous habiter, de peur que dans nos mor­tifications nous brassions de l’air et que nous nous humilions en vain.

Or, c’est en bien des manières que l’exemple du Christ peut être pour nous un réconfort et un encouragement en ce temps de l’année.

Et tout d’abord il sera bon d’insister sur le fait que notre Seigneur s’est donc retiré du monde, comme pour nous enjoindre le même devoir à remplir, pour autant que nous le pouvons. Cela il le fit surtout dans le cas qui nous est présenté aujourd’hui, avant d’inaugurer son ministère. Mais ce n’est pas là le seul exemple qui nous est relaté. Avant de choisir ses apôtres, il fit la même préparation. « Or, en ces jours-là, il s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. » La prière à longueur de nuit était une mortification de soi du même genre que le jeûne. En une autre occasion, après avoir renvoyé les multitudes, «il gravit la montagne à l’écart pour prier»; et en cette occasion encore il semble qu’il y soit demeuré la plus grande partie de la nuit. Et de nouveau, au cœur de l’enthousiasme causé par ses miracles, «le matin, bien avant le jour, il se leva, sortit et s’en alla dans un lieu soli­taire; et là il priait». Considérant que notre Seigneur est le modèle de la nature humaine dans sa perfection, nous ne saurions certes pas douter que de tels exemples de pure prière sont destinés à notre imita­tion, si c’est notre volonté d’être parfaits. (...)

En second lieu je constate que le jeûne de notre Sauveur ne fut qu’une introduction à sa tentation. Il partit dans le désert pour y être tenté par le démon, mais avant d’être tenté il avait jeûné. Et cela, il vaut la peine de le noter, n’était pas seulement une préparation au conflit, mais la cause même de ce conflit dans une bonne mesure. Au lieu de l’armer simplement contre la tentation, il est évident qu’en premier lieu son retrait et son abstinence l’y exposaient. Le jeûne en fut la première occasion. « Il jeûna quarante jours et quarante nuits, après quoi il eut faim » ; et c’est alors que le tentateur survint, lui commandant de changer les pierres en pain. Satan se servait de son jeûne contre lui.

Or ceci est singulièrement le cas des chrétiens aujourd’hui qui s’efforcent d’imiter le Christ; aussi est-il bon qu’ils le sachent, sinon ils se décourageront dans la pratique même de leurs abstinences. On dit communément que le jeûne est fait pour nous rendre meilleurs chrétiens, nous rendre maîtres de nous-mêmes, et nous amener sans retour aux pieds du Christ en toute foi et humilité. Chose vraie, si on considère les choses dans leur ensemble. Dans l’ensemble et en dernier ressort cet effet se produira bien, mais il n’est nullement certain qu’il se produira tout de suite. Au contraire, de telles mortifications ont à leur heure des effets très divers sur diverses personnes et doivent être appréciées non d’après leurs bienfaits visibles, mais d’après la foi dans la parole de Dieu. Certaines personnes, il est vrai, sont domptées par le jeûne et rapprochées de Dieu sans plus tarder; mais d’autres n’y trouvent, même lorsqu’il est léger, guère plus qu’une occasion de ten­tation. Par exemple, on objecte parfois que le jeûne rend irritable et de mauvaise humeur et l’on fait de cela une raison de ne pas le pratiquer.

Je confesse qu’il peut souvent avoir cet effet. Un autre effet qu’il peut avoir fréquemment est une faiblesse qui vous prive de votre maîtrise sur votre comportement physique, vos sentiments et leur expression. C’est ainsi qu’il peut vous faire paraître irrité alors que vous ne l’êtes pas : parce que, à ce que j’imagine, votre langue, vos lèvres, voire votre cerveau échappent à votre contrôle. On n’emploie pas les mots qu’on voudrait, et l’accent comme le ton voulus font défaut. On a l’air tran­chant alors qu’on ne l’est pas ; en outre la conscience qu’on a de ce fait, et même la répercussion qu’a cette conscience sur votre esprit, tourne à la tentation, et vous rend de fait irritable, surtout si les gens ne vous comprennent pas, et donc croient que vous êtes ce que vous n’êtes pas. (...)

Que cela ne décourage pas les chrétiens, là même où ils se voient exposés à des pensées dont ils se détournent avec horreur et terreur. Que plutôt cette épreuve fasse naître avant même ces pensées l’image en quelque sorte, vive et distincte, de la condescendance du Fils de Dieu. Car si c’est une épreuve pour les créatures et les pécheurs que nous sommes de voir se présenter à nous des pensées étrangères à notre cœur, quelle dut être la souffrance du Verbe éternel, Dieu de Dieu et lumière de lumière, saint et véridique, d’avoir été ainsi soumis à Satan et de se voir infliger toute sorte de misère, sauf celle du péché ? Certes c’est pour nous une épreuve de nous voir imputer en présence des hommes des motifs et des sentiments par celui qui est l’accusateur des frères, motifs et sentiments que nous n’avons jamais entretenus ; c’est une épreuve d’avoir en nous des idées suggérées secrètement, idées devant lesquelles nous reculons ; c’est une épreuve pour nous qu’il soit permis à Satan de mêler ses pensées aux nôtres, jusqu’à nous sentir coupables alors même que nous ne le sommes pas, voire d’enflammer notre nature irrationnelle, jusqu’à ce qu’en un sens nous péchions de fait contre notre volonté : mais n’y en eut-il pas Un qui nous a précédés et dépassés, tant en horreur dans l’épreuve qu’en gloire dans la victoire? Il fut tenté dans tous les domaines, «tout comme nous, mais sans pécher ». Pour sûr, ici encore, la tentation du Christ nous parle de réconfort et d’encouragement.

Voilà donc, peut-être, une vue plus vraie des conséquences du jeûne que celle qui est communément partagée. Bien sûr, c’est là toujours, sous l’auspice de la grâce de Dieu, un bienfait spirituel pour nos cœurs en définitive, voire une occasion de progrès, par le biais de celui qui opère tout en tous ; et c’est souvent un bienfait sensible pour nous à ce moment-là. Et pourtant il en va souvent autrement ; souvent le jeûne ne fait qu’accroître l’émotivité et la susceptibilité de nos cœurs; dans l’ensemble des cas il faut donc le considérer principalement comme une voie d’approche de Dieu, d’approche des puissances célestes, mais aussi parfois comme une voie d’approche des puissances infernales. De ce point de vue il y a en ceci quelque chose de particulièrement redoutable. Pour autant que nous le sachions, la tentation du Christ représente en plénitude ce qui, à son degré propre et compte tenu de nos infirmités et de notre corruption, se produit chez tous ses serviteurs en quête de lui. Et donc s’il en est ainsi, ceci a été pour l’Église une raison de poids pour associer notre temps de l’humiliation au séjour du Christ dans le désert, de sorte que nous ne soyons pas laissés à nos propres pensées et, pour ainsi dire, « avec les bêtes sauvages », décou­ragés par suite de cela au sein de notre affliction : qu’au contraire nous éprouvions que nous sommes ce que nous sommes vraiment, non des esclaves de Satan et des enfants de la colère, gémissant désespérément sous notre fardeau, le confessant et nous écriant « malheureux homme que je suis ! » encore que pécheurs, et pécheurs qui s’affligent et font pénitence pour leur péché, mais aussi enfants de Dieu, chez qui la repentance est féconde, et qui, alors qu’ils s’abaissent sont exaltés, et au moment même où ils se jettent au pied de la croix n’en restent pas moins des soldats du Christ, l’épée à la main, livrant un combat géné­reux et sachant qu’ils détiennent en eux-mêmes et par-devers eux ce devant quoi les démons tremblent et fuient.

Nous en venons ainsi à un autre point, digne d’une attention parti­culière, de l’histoire du jeûne et de la tentation de notre Sauveur, à savoir la victoire qui les a accompagnés. Il eut trois tentations, et à trois reprises il fut victorieux: à la dernière il dit «retire-toi Satan»; sur quoi « le diable le quitte ». Ce conflit et cette victoire au sein du monde invisible sont suggérés en d’autres passages de l’Écriture. Le plus remarquable d’entre eux concerne ce que dit notre Seigneur en réfé­rence au démoniaque que ses apôtres n’avaient pas pu guérir. Il venait de descendre de la montagne de la transfiguration, où, constatons-le, il semble être monté avec ses apôtres favoris pour passer la nuit en prière. Il descendit, après avoir été ainsi en communion avec le monde invisible; il chassa alors l’esprit impur, après quoi il déclara: «cette espèce-là ne peut sortir que par la prière et le jeûne » ; ce qui n’est rien de moins qu’une déclaration explicite que de tels exercices donnent à l’âme pouvoir sur le monde invisible; et il n’y a aucune raison suffi­sante à mettre en avant de restreindre ce pouvoir aux premiers temps de l’Évangile. Je pense en effet qu’il y a assez de preuves, même en se limitant à des personnes actuelles chez lesquelles ont pu être constatés les effets de tels exercices (sans avoir à recourir au déroulement de l’histoire), qui démontrent que ces exercices sont des instruments divins qui confèrent au chrétien un grand, un royal pouvoir sur ses semblables, supérieur à tous les leurs.

Et puisque la prière n’est pas seulement l’arme, toujours indispen­sable et sûre, de notre conflit avec les puissances du mal, mais qu’elle implique, comme son objet propre, une délivrance de celui-ci, il s’ensuit que tous les textes sans exception qui parlent de nous adresser à Dieu et de peser sur lui par la prière et le jeûne, proclament bien, de fait, ce conflit et promettent la victoire sur le Mauvais. Ainsi dans la parabole, la veuve importune, qui représente l’Église en prière, se comporte avec sérieux non seulement avec Dieu, mais contre son adversaire. « Venge-moi de mon adversaire », dit-elle ; or notre adver­saire est « le diable, qui, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer ; résistez-lui, ajoute saint Pierre, fermes dans la foi ». Consta­tons que, dans cette parabole, c’est la persévérance dans la prière qui nous est particulièrement recommandée. Ceci fait bien partie de la leçon que nous enseigne cette longue suite du jeûne quadragésimal : que nous ne verrons pas nos vœux exaucés grâce à un seul jour réservé à l’humiliation, ou grâce à une seule prière, si fervente soit-elle, mais en «persévérant sans cesse dans la prière». C’est également ce qui nous est signifié dans le récit de la lutte de Jacob. À l’instar de notre Sauveur, lui aussi y fut engagé toute la nuit. Qui était celui qu’il lui avait été permis de rencontrer au cours de ces moments de solitude ? On ne nous le dit pas ; mais celui avec qui il luttait lui donnait la force de lutter, et à la fin laissa sur lui une marque, comme pour montrer que, s’il l’avait emporté, c’était seulement du fait de la condescendance de celui sur lequel il l’avait emporté. Fortifié de la sorte, il avait tenu jus­qu’au petit matin et avait demandé une bénédiction; et celui à qui il l’avait demandée le bénit de fait, lui donnant un nom nouveau, en souvenir de son succès. « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu, et contre les hommes tu l’emporteras. » (...)

De même dans le cas de notre Seigneur, les anges sont venus et l’ont servi; nous donc aussi pouvons bien croire, et nous réconforter à cette pensée, que même actuellement des anges sont envoyés exprès à ceux qui cher­chent Dieu de la sorte. (...) Élie aussi fut fortifié par un ange au cours de son jeûne ; un ange également apparut à Corneille, alors qu’il jeûnait et priait. C’est pourquoi je pense vraiment qu’il y a assez de constatations que les personnes religieuses peuvent faire, si elles regardent autour d’elles, pour justifier et confirmer l’espé­rance ainsi déduite de la parole de Dieu.

« Il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies» ; et le diable est au courant de cette promesse, puisqu’il s’en est servi à l’heure même de la tentation. Il sait parfaitement bien ce qui est notre force et ce qui est sa propre faiblesse. Ainsi nous n’avons rien à craindre tant que nous restons à l’ombre du trône du Tout-Puissant. « Qu’il en tombe mille à tes côtés et dix mille à ta droite, toi, tu restes hors d’atteinte. » Tant que nous sommes dans le Christ, nous parta­geons la sécurité dont il jouit. Il a brisé le pouvoir de Satan ; il a marché « sur le lion et la vipère, il a foulé le lionceau et le dragon » ; et désor­mais les esprits mauvais, loin d’avoir pouvoir sur nous, tremblent de frayeur devant tout vrai chrétien. Ils savent qu’il a en lui ce qui fait de lui leur maître, et qu’il peut, s’il le veut, joindre le rire au mépris, les mettant ainsi en fuite. Cela ils le savent bien et le gardent présent à leur esprit, chaque fois qu’ils assaillent le chrétien ; seul le péché leur donne pouvoir sur lui. Aussi leur grand objectif est-il de le faire pécher, et notamment de le faire pécher par surprise, sachant qu’ils n’ont pas d’autre moyen d’avoir raison de lui. Ils s’emploient à lui faire peur par l’apparence du danger, et ainsi de le surprendre ; ou bien ils s’approchent de lui, furtivement et à couvert, pour le séduire et ainsi le surprendre. Mais sauf par surprise et à l’improviste, ils ne peuvent rien faire. C’est pourquoi, mes frères, ne soyons pas dans «l’ignorance de leurs strata­gèmes » et, les connaissant, veillons, jeûnons et prions, restons bien à l’abri des ailes du Tout-Puissant, pour qu’il soit notre bouclier protec­teur. Prions-le de nous faire connaître sa volonté, de nous révéler nos fautes, d’arracher de nous tout ce qui peut l’offenser, et de nous conduire sur les chemins d’éternité. Et que durant ce temps sacré nous soyons en sa compagnie sur la montagne, sous le voile, cachés avec lui : non hors de lui, ou séparés de lui, en la seule présence duquel se trouve la vie, mais avec lui et en lui, à l’école de sa loi avec Moïse, de ses attributs avec Elie, et de ses conseils avec Daniel, à l’école du repentir, de l’aveu et de l’amendement, à l’école de son amour et de sa crainte, nous oubliant nous-mêmes et grandissant jusqu’à lui qui est notre tête.

Trad. Yves Denis.

John Henry Newman, Sermons Paroissiaux vol 6 (L’identité chrétienne) sermon 1, Cerf, Paris 2006, pp. 13-23.

 

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