Addiction numérique: "on n'a pas fait attention" explique Bruno Patino


Commentaires (3)

Publié le mercredi 4 septembre 2019

Auteur / source : RCF

Catégorie : Sciences et technologies

Nombre de consultations : 387

​Bruno Patino fait partie des pionniers de la révolution numérique en France, dans les médias. Aujourd'hui il tire la sonnette d'alarme.
Bruno Patino est un homme de média. Un de ceux qui ont cru à la révolution numérique. Aujourd'hui directeur éditorial d'Arte France, et doyen de l'école de journalisme de Sciences po, il publie "La Civilisation du poisson rouge, petit traité sur le marché de l'attention" (éd. Grasset). Un livre éclairant qui dénonce les excès du numérique, dans les médias, dans les réseaux sociaux, et finalement dans nos vies.

Une seconde de plus que le poisson rouge

"Le titre du livre vient d'une analyse faite par Google qui explique que le temps d'attention du poisson rouge est de huit secondes, et que celui d'un enfant né avec un smartphone entre les doigts est de neuf secondes" explique-t-il. Un seconde nous sépare aujourd'hui avec le poisson rouge. "On est dans un moment où l'on n'a pas fait attention" ajoute-t-il.

Véritable acteur de la mutation numérique, Bruno Patino croit "toujours que la technologie permet de mettre en lien la connaissance, de rendre disponible l'information pour tout le monde, de promouvoir l'économie du partage". Jusqu'ici tout va bien. Mais pour l'auteur de "La Civilisation du poisson rouge", quelque chose est arrivé. Un dérapage incontrôlé. Comme si l'on s'était accaparé l'innovation, sans réfléchir deux secondes à ses conséquences dans nos vies. Et aujourd'hui, nous en sommes dépendants.

Un ensemble de pathologies

"On avance tous la nuque baissée, et même dans les repas familiaux et entre amis, qui devraient être des moments de recul, de lecture, de travail, on a cette nuque baissée, et le regard aimanté par le téléphone portable. J'essaie de donner un début d'explication. C'est un ensemble de pathologies. On a fait ce petit calcul : nos journées ont plus d'une trentaine d'heures. Si on met bout à bout le temps consacré aux choses habituelles plus le temps consacré aux écrans, on arrive à trente heures" lance-t-il.

Peur d'être privé de son portable, anxiété, crainte de ne pas avoir été suivi, "liké", partagé sur les réseaux sociaux. Peur de tomber dans l'oubli. Les pathologies liées à l'explosion du numérique et à son omniprésence dans nos vies sont nombreuses. Bruno Patino en dresse la liste dans son ouvrage. Des pathologies alimentées en permanence par les grands groupes numériques, qui utilisent nos données personnelles pour coller à notre attention perpétuelle. "Cela provoque une dépendance. Les plus jeunes et même les plus âgés finissent par ressentir le besoin de consulter de manière compulsive leur écran" analyse-t-il.

Avec des règles, un autre web est encore possible

Pour autant, un autre web est possible. Bruno Patino en est convaincu. Mais la réponse ne pourra pas venir de nous-mêmes, ou de la société.

"Cette technologie peut être utilisable différemment. Elle nous permet l'économie du partage, d'être en relation avec des personnes aux quatre coins du monde, elle nous permet d'avoir accès immédiatement à la connaissance. C'est la bibliothèque d'Alexandrie accessible à tous, à tout moment" rappelle-t-il.

"Face à ces dérives, la réponse est à deux niveaux. Elle ne sera pas automatique. Je ne crois pas en l'autodiscipline et la régulation d'une société. Mais le temps est arrivé pour que la discussion s'engage entre les deux parties. Il faut poser des cadres, des règles. Poser des règles, ce n'est pas atteindre à la liberté d'expression, c'est au contraire la préserver" estime Bruno Patino, qui conclut en pointant du doigt les mécanismes issus des neurosciences, mis en place par les réseaux sociaux, pour accroitre toujours plus notre dépendance.

Source : RCF - Le Grand Invité

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Commentaire laissé par le

Oui l'addiction- faut-il encore le dire ?-n'a jamais été aussi fort que maintenant épreuve on est quand même dans les salles d'attente médicales- envoie même un couple séparé par une personne communiquer entre eux par de sms. .. je trouve que la révolution numérique aurait pu être quelque chose de très bien mais malheureusement quelques ré en même temps ,comme vous dites si bien, une addiction qui ne faiblira pas,sauf volonté énorme.
Le portable est devenu la continuité de l'être humain !
Sans portable, pas de vie fiable !
Je peux constater aussi que les gens ne savent plus parler entre ou bien de moins en moins comme par exemple chez un coiffeur pour ne donner qu'un exemple....
Seulement voilà : notre système neuronal s'affaiblit à force de laisser penser le " fidèle compagnon" à notre place.
Perso, je suis contre les portables en classe
est-ce que cela apporte vraiment quelque chose entre l'élève et le professeur ?
Ne parlons même pas des réseaux sociaux qui ont déjà induit bien de catastrophe ( chantage, injures,suicide)
Je ne suis sur aucun réseau social je ne m'en porte pas plus mal je n'ai même pas un ordinateur j'ai juste ce petit téléphone comme tout le monde mais je ne veux pas en devenir du tout son serviteur.
Laissons Dieu penser en nous et pour nous.

Commentaire laissé par le

Pour ma part je me suis toujours cantonné au simple téléphone portable (appelé GSM en Belgique), le Smartphone ne m'a jamais attiré et je ressens même un rejet viscéral vis-à-vis de ces appareils aujourd'hui à force de voir 90% de mes concitoyens se promener le nez sur leur petit écran à longueur de journée, que ce soit dans la rue, dans les transports en commun, le monde autour d'eux n'existe plus. Les ordinateurs au moins quand on les éteint et qu'on quitte la pièce ils ne nous suivent pas. Les téléphones et autres "gadgets" mobiles nous suivent partout et en tout temps, même la nuit.

Quand leurs utilisateurs ne les utilisent pas, ils les gardent malgré tout en main, comme une extension de leur bras, comme un cordon ombilical qui les relie à Big Brother. Prenez le temps d'analyser cela la prochaine fois que vous prenez le bus ou le métro (en pensant à laisser votre Smartphone chez vous), comptez combien de jeunes et moins jeunes possèdent un smartphone en permanence dans les mains (et des oreillettes aux oreilles), c'est tout simplement hallucinant, et personne ne semble le réaliser !

Quand les gens sont ensemble ils ne se dialoguent plus mais communiquent avec des "amis" dont ils ne connaissent finalement rien à l'autre bout du monde. La petite dame qui a besoin d'aide pour traverser la rue, la personne handicapée qui aimerait bien s'assoir à notre place dans le bus bondé... nous ne les voyons plus.

On n'a jamais autant parlé de communication, et pourtant l'être humain n'a jamais été aussi peu en relation avec ses semblables qu'aujourd'hui. (Là où je ne suis pas d'accord avec ce que dit Bruno Patino à 07:30 - communication n'est pas relation)

Il y a 2 ans je me suis débarrassé de mon GSM et je ne m'en porte pas plus mal. Finalement comment faisait-on quand il n'y avait pas toute cette technologie. Quoi qu'on cherche à nous faire croire, toute cette technologie est parfaitement dispensable ! Et au moins sans elle nous nous découvrons réellement libres.

Je terminerai en avertissant qu'un jour cette technologie se retournera contre ses utilisateurs, il suffit juste qu'un gouvernement totalitaire émerge. Déjà toutes les données qui transitent par ces petits écrans sont enregistrées sur des serveurs distants, qui engrangent, engrangent ces données qui sont traitées, analysées, et utilisées par des sociétés que nous ne connaissons pas et qui en savent finalement plus sur nos habitudes, nos contacts, nos sensibilité religieuses, politiques etc. et notre vie privée que nos proches.

Il est temps que nous disions stop ! Pour ma part à ce jour je commence même à fermer mon compte client sur divers sites où je faisais mes achats en ligne depuis plus de 10 ans : Amazon, Ebay, etc. je sens que l'Esprit Saint m'y appelle, et je suis sur qu'il nous y appelle tous mais il faut savoir tendre l'oreille et l'écouter.

@ Patrice, toute addiction peut être vaincue avec l'aide de la prière et de l'Esprit Saint, soyez en certain ! Je l'ai vécu nombre de fois dans ma vie. Humainement, par nos propres forces, il est impossible de se séparer de toutes ces chaines qui nous rendent prisonniers de ce monde et de ses convoitises. Il nous faut crier vers le Ciel, montrer au Seigneur notre désir d'être libéré de ces idoles, nous en confesser régulièrement et ne pas nous décourager si nous rechutons. Progressivement si Dieu voit notre bonne volonté Il nous accordera plus de facilité pour nous en libérer et un jour nous parviendrons à lâcher définitivement ces chaines sans aucun effort de notre part.

Courage !

Commentaire laissé par le

Quelle magnifique et à la fois dramatique analyse. Né en 51, je suis moi même un des « prisonnier » du numérique addicte depuis 1986 sans jamais avoir pu en sortir. Extrêmement malheureux de l’être en 2020 ;-(
Merci a RCF radio que je ne connaissais pas, à Monsieur Bruno Patino, et bien sur a Pierre et les Loups de cette éclairante publication.
Patrice M.

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